Bachot [baSo]

Fig. A. Les résultats du bachot. Univ. de la Sorbonne, Paris.

[baSo] (n. off. BACC.)
Passe ton bac d’abord”.

Injonction préférée des années surannées qui devint un film de Maurice Pialat en 1978, passe ton bac d’abord est à la fois un ordre à l’adolescent lymphatique qui trouve d’autres plaisirs à ses dix-huit années d’existence que ceux procurés par l’étude intense des productions céréalières en URSS ou l’apport de Soekarno à la conférence de Brioni du

Venu du fond du XIIIᵉ siècle, le bachot prend véritablement ses lettres de noblesse suite au décret napoléonien du 17 mars 1808 portant organisation de l’Université. Et au titre III, paragraphe 1er, article 16 : « les grades dans chaque faculté seront au nombre de trois, savoir, le baccalauréat, la licence, le doctorat ». C’est parti pour le bachot, une belle carrière l’attend.

Dès 1809 c’est sa première promotion, et trente et un bacheliers l’obtiendront. Un millier en 1812, deux mille en 1816. Il faudra attendre 1861 pour que le bachot accueille sa première lauréate : Julie-Victoire Daubié obtient six boules rouges, trois boules blanches, une boule noire, soit six abstentions, trois avis favorables et un avis défavorable du jury¹.

De réforme en réorganisation le bachot s’adjoindra des lettres, des chiffres et des acronymes complexes qui le rendront au moins aussi difficile à comprendre qu’à passer : A1, A2, F5, F7′, STI2D, STMG, etc.

Si l’ordre princeps augure d’une vie difficile sans bachot, sachez tout de même qu’André Malraux ne l’avait pas, pas plus qu’Alain Delon ni même Emile Zola. Il y a de quoi répondre à « passe ton bac d’abord »…

C’est une simple idée numérisée qui renvoie le bachot à ses chères études surannées. Imaginée dans le but louable (mais manquant terriblement d’esprit romantique) de permettre à chacun d’accéder à l’information, la fin de l’affichage sur panneau des feuilles A4 agrafées égrenant la liste des reçus disparaît, au profit de sites Internet gérés en temps réel et, bien entendu, truffés de publicité.

Plus de « je l’ai, je l’ai ! » ni de pleurs dans la cour du lycée, plus de « j’vois pas mon nom » ou de « tu l’auras au rattrapage », le bac s’affiche sur écran.

Donnant ainsi techniquement raison aux vieux râleurs qui trouvent que « ce n’est plus ce que c’était », le bachot chute de son piédestal. Déjà que pour 100 briques t’as plus rien, si avec le bachot tu n’as même pas de boulot, où va-t-on ma pauvre Lucette ?

¹Depuis cette époque et cette méthode de notation on dira « j’ai les boules » quand on n’a pas le bachot.

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