Jouer avec les vis de son cercueil [Zwé avèk lé vis de sô sèrkëj]

Jouer avec les vis de son cercueil

Fig. B. Vis tous matériaux. Catalogue Manufrance.

[Zwé avèk lé vis de sô sèrkëj] (loc. AHHHH.)
Certains sont plus pressés que d’autres de manger les pissenlits par la racine, c’est ainsi. La présente et modeste encyclopédie que vous tenez en main n’étant pas celle de la psychanalyse, fut-elle à deux balles, nous ne tenterons même pas l’espace d’un cadratin d’expliquer le pourquoi de cette célérité mise en bien des actes pour rejoindre le Paradis¹ avant son heure.

La langue surannée qui aime à se gausser, mais toujours gentiment, a quant à elle un traitement imagé de l’impétuosité du comportement qui défie la faucheuse. Du trompe-la-mort elle dira qu’il aime jouer avec les vis de son cercueil. N’y voyez pas la moindre once de cynisme. Le suranné n’est jamais sardonique, tout juste résigné peut-être même envieux du risque-tout de service.

Jouer avec les vis de son cercueil laisse à imaginer un geste nonchalant qui pourrait consister à visser à deux doigts puis dévisser dans la seconde qui suit des tiges filetées à tête cruciforme, ou bien encore à les faire tressauter dans la paume un peu à la façon d’un jeu d’osselets, tout ça sans y accorder d’importance. Le casse-cou joue avec les vis de son cercueil comme il le fait avec les dés, sans crainte du hasard puisqu’il l’a mené jusqu’ici et que c’est déjà bien.

Celui qui joue avec les vis de son cercueil est plus un optimiste qu’un macabre; fascinant d’innocence il ira avant tout chercher l’adrénaline dans son comportement que la plus élémentaire sagesse jugera kamikaze. Mais c’est le péril que le puéril cherche à frôler pour se sentir vivant. Tout est un objet de jeu, même ces vis scélérate qui scelleront son sort un jour.

Ce joueur là est l’irréductible contraire du pisse-vinaigre, car en jouant avec les vis de son cercueil il déboulonne toutes les certitudes du triste-sire, qui finira cependant par avoir raison. Marco Siffredi a joué avec les vis de son cercueil en skiant sur l’Everest, Jean-Marc Boivin a joué avec les vis de son cercueil en sautant depuis la cascade du Salto Angel, Alain Colas a joué avec les vis de son cercueil en prenant le départ de la Route du Rhum… La liste est longue.

Leur comportement ordalique comme ont dit désormais pour enterrer jouer avec les vis de son cercueil, les a tous rapprochés un peu trop vite des nuages. Ordalique c’est bien, ça sonne tellement savant qu’on ne saura immédiatement le sens de la parole. Le pisse-vinaigre est très novlangue.

¹Car bien entendu, on ira tous au Paradis, même moi.

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