Avoir été baptisé avec une queue de morue [avwar été batizé avèk yn kö de mòry]

Avoir été baptisé avec une queue de morue

Fig. V. Recherche de vérité. Musée du vin.

[avwar été batizé avèk yn kö de mòry] (exp. pop. ALCOO.)
In vino veritas. C’est Gaius Plinius Secundus, Pline l’Ancien si vous préférez, qui nous le dit et nous aurions tendance à le croire, d’une part parce qu’il nous précéda dans l’art encyclopédique avec son Histoire naturelle en trente-sept livres publiées en 77, et d’autre part parce que l’esprit scientifique et rigoureux qui nous caractérise nous pousse parfois à vérifier ses dires.

Si le vérité est dans le vin, certains, en recherche d’absolu et refusant le moindre mensonge, se trouvent ainsi dans l’obligation de s’abreuver en permanence à la source éclairée de ses oracles : Château Lafite, Château Margaux, Gevrey-Chambertin, Vosne-Romanée, Chassagne-Montrachet… Pour les malchanceux aux finances légères, s’approcher de la vérité passera par La Villageoise, Chante Clarette, Maître de Chai, mais qu’importe puisque c’est bien la quête qui compte.

De tous ces fins limiers le suranné disait quand il avait encore voix au chapitre qu’ils avaient été baptisés avec une queue de morue. Poétique à ses heures mais surtout bien conscient des travers de ses contemporains, le suranné savait que de vérité il n’était nulle question et que l’ivresse voulue était avant tout la recherche de l’oubli. Mais, pudique devant la misère de celui dont la menteuse clape en permanence, le suranné savait qu’il ne servait à rien de lui plonger la tête dans le tonneau et préférait tourner autour du pot avec cet imagé avoir été baptisé avec une queue de morue.

Ainsi le boit-sans-soif, l’ivrogne, le biberonneur, le pochard, le soûlographe, demeuraient protégés de l’opprobre car comme vous le savez depuis que Georges nous l’a chanté, les braves gens n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. Et cela s’applique aussi au chemin qui mène à la vérité.

Vous l’aurez noté, la modernité est nettement plus brutale et surtout, surtout, elle s’est mise en tête de soigner. Le chercheur de vérité n’a donc pas échappé à son exigence hygiéniste. Elle a envoyé bouler en surannéité avoir été baptisé avec une queue de morue, trop elliptique, pour user d’éthylique, plus technique, de dipsomane, plus médical, d’alcoolo-dépendant, plus excusant.

Santé publique oblige, la vin n’a désormais plus rien à voir avec la vérité. Pour la toucher du doigt, c’est la parole de celui qui passe à la télé qu’il vous faut écouter…

Laisser un commentaire