Un petit goût de reviens-y [ê peti ɡu de revjê-i]

Fig. S. Adam et Ève avant de goûter au reviens-y. 1504.

[ê peti ɡu de revjê-i] (gr. n. SOUV.)
De prime abord l’expression ci-après devrait se cantonner au domaine culinaire. Ce serait en réalité le cas si elle était du registre moderne, vous savez celui d’une époque brute de décoffrage et sans finesse aucune, celui d’un temps où on-n’a-pas-que-ça-à-foutre-je-bosse-moi-allez-circulez-y’a-rien-à-voir. Oui mais voilà, la diablesse est surannée et charrie donc avec elle moult subtilités. Vous permettez que je vous guide ?

Expédions tout d’abord les affaires courantes.

Avoir un petit goût de reviens-y s’applique bien sûr à la cuisine. Un joli pot-au-feu, un crémeux gratin dauphinois, une tarte Tatin renversée comme il faut ont un petit goût de reviens-y. C’est bon, on en reprend et vive le repas du dimanche en famille. Notez cependant que l’expression est du registre familier et ne s’utilise donc guère. Le tutoiement ne vous aura pas échappé et la liaison du -s à l’adverbe fleure bon la gouaille du poulbot. Si vous voulez briller en société ne balancez pas à belle-maman que son agneau pascal a un petit goût de reviens-y. Et ne tentez pas plus un petit goût de revenez-y qui vous ferait sombrer dans un profond ridicule, rien ne s’accommode aussi mal à l’étiquette qu’une bonne vieille expression de derrière les fagots.

Vous le savez, si la France est le pays de la bonne bouffe c’est aussi celui de l’amour. Et grâce à l’entremise d’une langue joueuse, le français suranné (le suranné est joueur vous l’avez à maintes reprises constaté en ces pages), voici que notre petit goût de reviens-y se met aussi à traiter du désir. Et là c’est grave.

Un parfum qui volette est c’est un petit goût de reviens-y qui vous soufflette le visage. Cette Eau légère parfumée de Shalimar qui flotte et me voici genou à terre, l’uppercut m’a sonné, je n’ai rien vu venir. Une chanson innocente qui module sa fréquence et la mémoire s’affole; ça aussi c’est un petit goût de reviens-y. Le petit goût de reviens-y joue avec le souvenir, avec Éros aussi, c’est un cruel et bel espoir.

Dis-donc Marcel, il n’aurait pas comme qui dirait un petit goût de reviens-y ton raisin ?

À l’apéro, la question du petit goût de reviens-y est celle de la deuxième tournée de ce petit rosé qui se boit bien tout frais; elle se fait en claquant du bec en prononçant la formule rituelle : « Dis-donc Marcel, il n’aurait pas comme qui dirait un petit goût de reviens-y ton raisin ? ».

Le petit goût de reviens-y est une manière de réclamer même si ça ne se fait pas comme le disait maman, mais comment voulez-vous résister quand vous y avez goûté ? Il y a des saveurs, des parfums et des yeux qu’on ne peut oublier, des recettes secrètes qu’on voudrait déguster à nouveau, des paradis sur terre où l’on s’allongerait bien, simplement jusqu’à la fin des temps.

Le petit goût de reviens-y, j’lui trouve un goût de pomme, dirait Paul Volfoni.
Y’en a, lui répondrait Maître Folace¹.

Y’en a…

¹Les Tontons flingueurs, 1963, Georges Lautner. Dialogues de Michel Audiard.

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