La cloche [la klɔʃ]

Fig. L. Carte de tarot représentant un galvaudeux et son chien joyeux.

Fig. L. Carte de tarot représentant un galvaudeux et son chien joyeux.

[la klɔʃ] (n.m. FAM.)
La cloche… Avant, en ces temps surannés ancestraux, on en était (de la cloche) comme on pouvait en être du bâtiment, comme on est Citroën plutôt que Peugeot¹, ou sucré mais pas salé, rouge sur blanc tout fout l’camp, etc. Ne vous offusquez pas : oui, on pouvait être de la cloche, vivre au gré de l’humeur vagabonde et de la charité bien ordonnée du bon peuple généreux et dussé-je vous le rappeler « Autrefois on gardait toujours une place à table/Une chaise, une soupe, un coin dans l’étable »². Mais donc, ça c’était avant.

La frénésie tartuffesque couvrez-ce-sein-que-je-ne-saurais-voir a donc en sa docte académie décidé de doter la cloche d’une appellation moderne non surannée, en la matière celle de SDF pour Sans Domicile Fixe. C’est plus technocratique, ça efface le côté revendicatif de la chose (bandes d’anar subversifs qui choisissent de bafouer le système, rebelles de la forêt !), c’est mieux on s’apitoiera moins sur la misère humaine coco, vas-y envoie les éléments de langage. Et voilà. Les clochards disparaissent du paysage et surtout des statistiques (vous avez remarqué la passion contemporaine pour la statistique ?) et comme les SDF c’est pas vraiment des gens…

Comme quoi le suranné ça a aussi du bon.

C’était le billet militant de la Rédaction (promis, on ne recommencera pas), parce que la cloche ça aurait pu nous arriver.

 

¹“Mon mari est Peugeot à mort” Nathalie (Josiane Balasko) in. Les Bronzés, 1978
²Jean-Jacques Goldman, les Restos du cœur

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