Boire en âne [bwar ân‿ an]

Boire en âne

Fig. A. Âne désaltéré.

[bwar ân‿ an] (exp. anim. VIN.)
Si une sagesse proverbiale dénigrant le têtu professe qu’on « ne saurait faire boire un âne qui n’a pas soif » (vous noterez cependant que l’animal est chargé de bien des défauts en sus de son bât car ni la souris ni l’éléphant déjà désaltérés n’y reviendraient eux non plus), une erreur trop souvent commise fait de boire en âne l’expression s’appliquant au bruyant s’abreuvant.

Cependant quand « ça fait des grands flchss », comme disait le poète¹, ce n’est pas boire en âne.

Le baudet buveur n’est juste pas finisseur; de son verre s’entend.

Boire en âne est ce faisant une formulation de la règle complexe sur l’épineuse question du verre à moitié plein ou à moitié vide, le savoir-vivre en bonne société voulant que l’on finisse son verre si l’on veut plus de vin et, qu’au contraire, on y laisse du breuvage si l’on n’en veut plus, et la Balto attitude exigeant quant à elle qu’on prenne le coup de l’étrier sans en laisser la moindre goutte.

Boire en âne n’est pas sans conséquences sur la santé

Boire en âne n’est ainsi pas sans conséquences sur la santé.

Contrairement à ce que de modernes campagnes de prévention laissent à penser, qui ne finit pas son verre – et donc boit en âne – souffre d’une maladie : la cenosillicaphobie (du grec kenos, vide) ou phobie du verre vide. Une peur poussant à rhabiller le gamin par crainte de manquer et donc à finir alcoolique ou à mourir de soif.

Les raisons qui ont poussé l’âne dans ce cheminement tordu son évidemment inconnues.

Il n’existe aucune explication évidente pour que boire en âne soit ce synonyme de ne pas terminer le contenu de son verre. Si ce n’est que le bourricot a bon dos et se trouve chargé une fois de plus des névroses humaines.

Il est d’ailleurs probable que si on lui avait demandé son avis, il eût préféré que cette expression fut celle de l’amusant bruit de la paille plongée dans un bon Cacolac (car il n’est de slurp plus satisfaisant que celui-ci). Mais Barnabé et ses compères culottés de l’île de Ré n’ont jamais été écoutés.

Boire en âne n’aurait pas pour autant échappé à son destin suranné, le moderne ayant soudainement supprimé la paille à aspirer (mais ceci est une autre histoire).

Il est des expressions vouées à la désuétude.

¹Ces gens-là, Jacques Brel. 1965.

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