Se faire la malle [se fèr la mal]

Se faire la malle

Fig. A. Homme se préparant à se faire la malle.

[se fèr la mal] (loc. voyag. VUITT.)
Quelques centaines d’années avant que ne débute le temps compté selon la date de naissance d’un enfant de charpentier (qui n’était pas vraiment son père mais ceci est une autre histoire), les hommes possédaient déjà des malles pour y cacher leurs trésors.

Toutânkhamon par exemple avait poussé jusqu’à les emporter dans sa résidence d’éternité, donnant aux maisons Vuitton, Goyard, Moynat et Hermès l’idée d’en faire un commerce florissant avant tout réservé aux puissants.

Sans que l’on puisse authentiquement affirmer que le pharaon fut le premier à se faire la malle (dans l’au-delà) il est admis que l’expression remonte à Mathusalem et connaît son heure de gloire à la fin du XIXet au début du XXsiècle.

En ces temps où Louis Vuitton, François Goyard, Madame Moyat, Thierry Hermès, travaillent la cuvette et le couvercle, tendent la toile et clouent les lattes, cirent les courroies et font briller le laiton, il est du meilleur goût de se faire faire une malle-cabine personnalisée selon son rang pour partir en voyage avec le strict nécessaire et tout le superflu qu’exigent quinze jours en transatlantique pour rejoindre New York ou plusieurs longues semaines pour ces îles lointaines qu’on dit peuplées de naïades accueillantes.

On se fait la malle à chaque fois qu’on s’en va vers l’ailleurs sans certitude absolue d’un retour. On se fait la malle avec le Normandie, le Queen Mary et le Titanic (même si ceux s’étant fait la malle avec ce dernier le feront de manière définitive pour nombre d’entre eux).

Dans la langue de ceux demeurés au bercail, se faire la malle va aussi désigner celui qui a pris la tangente sans armes ni bagages, l’habitant des faubourgs n’entendant pas laisser aux seuls possédants l’usage d’une expression surannée.

Ainsi l’évadé des geôles se fait-il la malle et quelque vilain parti sans demander son reste est-il accusé de la même pirouette. Le baroud de tout escobar échappant à ses juges devient synonyme de ces anciens voyages au long cours vers d’exotiques contrées.

C‘est en 1972 que se faire la malle débute sa lente descente en surannéité. En cette année où le tourisme de masse prend ses quartiers d’été sur la Costa Brava, Delsey invente la valise à roulettes.

L’ignoble parallélépipède de plastique mû par son fragile train remplace dès lors la malle que le vacancier en congés payés ne veut plus faire puisqu’il sait que dans deux ou trois semaines ce sera retour case départ.

À la fin des années surannés (1990 environ), plus personne ne se fait la malle et chacun traîne ou pousse une valise qu’il a pleine.

En modernité la fuite est désormais impossible.

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