To put on the Ritz [to py ɔ̃ tə ʁits]

Aussi étrange que cela puisse paraître, l'anglais a su contribuer au langage suranné.

Fig. A. Put on the Ritz.

[to py ɔ̃ tə ʁits] (loc. hôte. FIEST.)
Lat. putatis ritzum.
La langue de l’Anglois mâtinée des apports de celle de ses cousins chercheurs d’or et zigouilleurs d’Indiens du nord de l’Amérique peut, en de rares occasions, apporter une contribution au parler désuet.

Bien entendu elle n’aurait pu y arriver sans un petit coup de pouce du français et de l’un de ses pratiquants, le Suisse César Ritz.

C’est en achetant l’hôtel de Gramon, sis place Vendôme à Paris, en 1897, que l’ancien garçon d’étage va lancer l’expression to put on the Ritz reprenant dans sa structure le nom qu’il a donné à son nouvel hôtel où se presse tout ce que le gotha mondial compte de fortunés aimant péter dans la soie et noyer son spleen dans le champagne millésimé.

En moins de temps qu’il ne le faut à Ernest Hemingway pour descendre un Papa Doble et enchaîner sur un Bloody Mary, to put on the Ritz va devenir la locution consacrée pour exprimer qu’on se met sur son 31 pour aller faire la bringue (car on ne saurait aller au Ritz habillé au décrochez-moi ça).

Fig. B. Puttin’ on the Ritz.

🎶Now, if you’re blue
And you don’t know where to go to
Why don’t you go where fashion sits
Puttin’ on the Ritz🎶

En 1927 elle prend même la forme d’un standard du jazz de big band swing-foxtrot et Puttin’ on the Ritz va faire le tour du monde en trente mesures à quatre temps par minute assurant grâce à son succès celui de to put on the Ritz.

Pour la moindre tournée des grands-ducs il faut se put on the Ritz puisque Paris est une fête, et même s’il on doit écorcher le renard pour cause d’abus au Café Parisien du rez-de-chaussée (réservé aux hommes) ce sera sur son spencer.

To put on the Ritz gagne ses galons au cours de ces Années Folles où Paris est le nombril du monde.

La Grand Dépression qui touchera le monde entier jettera un froid sur la fiesta (d’autant plus que le triste sire Hermann Göring s’installera dans les 218 m² de la suite impériale du premier étage¹ en juin 1940), mais to put on the Ritz demeurera dans la mémoire collective comme la meilleur manière de traduire cette nécessité absolue de se parer pour la bamboche même si on peut danser sans chemise et sans pantalon comme s’époumone à nous le chanter Rika Zaraï (mais ceci est une autre histoire).

Fig. C. Le Dîner à l’hôtel Ritz, Paris (1904). Pierre Georges Jeanniot.

Dans la nuit du 30 au 31 août 1997, un couple d’amants célèbres quitte le Ritz pour aller se fracasser à 150 km/h sur le treizième pilier du souterrain du pont de l’Alma.

To put on the Ritz y perd aussi la vie, là où tout avait commencé.

Les années modernes débutent tristement.

¹Aujourd’hui à partir de 18 000 euros la nuit. Pour réserver.

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