Aller faire téter les puces [alé fèr tété lé pyk]

Fig. A. Femme qui lit au lit.

[alé fèr tété lé pyk] (loc. siphon. DORM.)
C‘est bien souvent la volonté de rendre le langage accessible au commun des mortels qui guide la création d’une expression surannée. Au risque d’une certaine simplification qui heurtera le spécialiste à cheval sur ses principes raisonnés.

Par exemple, ce dernier s’offusquera qu’on transforme aller nourrir les insectes ptérygotes holométaboles de l’ordre des siphonaptères en aller faire téter les puces, et il n’hésitera pas alors à se lancer dans un long plaidoyer sur l’appareil piqueur-suceur de la bestiole qui aime tant vivre sous les lits que c’est son habitat qui aura inspiré ce raccourci du propos qui désigne le fait d’aller mettre la viande dans le torchon plutôt qu’un acte nourricier délibéré.

Des nuits entières passées à se faire sucer par des aphaniptères

Estomaqué par tant de liberté prise avec les mots, ce spécialiste alors maugréera que c’est la punaise qui gratte dans les draps mais las, il aura déjà perdu la partie : aller faire téter les puces pour indiquer qu’on va se se mettre au lit a gagné depuis belle lurette; elle a eu des siècles de nuits passées à se gratter et des milliers de réveils boutonneux pour s’installer. Des nuits passées sur la paille ou sur des peaux de bêtes, des nuits avec en sus des puces un ressort retors qui s’immisce sournoisement, des nuits entières passées à se faire sucer par des aphaniptères.

Aller faire téter les puces est installée comme une formule de politesse un peu abrupte mais qui rend compte d’une réalité. Celui qui va dormir n’est pas celui qui va dîner dans les temps surannés.

Alors que Charles Goodyear fabrique des préservatifs depuis 1843¹, il faut attendre 1929 pour que son grand rival en pneumatiques John Boyd Dunlop dépose le brevet du matelas en latex qui va débuter la chasse aux parasites de son Dunlop Pillow² et conséquemment réduire l’influence d’aller faire téter les puces.

Petit à petit, la bourre accueillante pour les nuisibles sauteurs laisse la place au lait d’hévéa vulcanisé comme matériau de prédilection pour la literie. Une bonne occasion d’en changer.

Plus question alors d’aller faire téter les puces pour les acteurs d’un marché vache à lait d’un milliard d’euros annuels sur lequel les Français reviennent en moyenne tous les quatorze ans. Le langage suranné c’est rarement bon pour les affaires (ça fait vulgaire).

¹Permettant ainsi d’aller aux pu*** sans danger, mais ceci est une autre histoire.
²Qui deviendra Dunlopillo.

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