Faire comme le curé de Bray [fèr kòm le kyré de brè]

Curé de Bray

Fig. A. Quelques curés de Bray.

[fèr kòm le kyré de brè] (loc. relig. GIROU.)
En 1789, parmi les mille cent quarante-cinq députés de l’Assemblée constituante siégeaient quelques curés (huit pour être précis), mais aucun qui ne vienne de la paroisse de Bray-sur-Somme contrairement à ce qu’une rumeur persistante a longtemps voulu laisser penser.

La raison de ce pieux mensonge était simple : ne pas permettre à la perfide Albion de se targuer d’avoir été à l’origine d’une expression de langue française.

Pourtant, tel est le cas.

Pour trouver trace du curé de Bray – qui est le personnage central de faire comme le curé de Bray – il faut en effet aller dénicher le bonhomme dans le comté de Berkshire en Angleterre. Là, il se nomme vicar of Bray puisqu’on y parle l’angliche comme il est de coutume outre-Manche mais il est bel et bien le curé de Bray.

Ordoncques le calotin qui entend le rester malgré la valse des souverains et leurs cultes respectifs, va au cours de sa carrière qu’il entend exemplaire, passer d’anglican à catholique, puis devenir à nouveau anglican, puis calviniste et enfin… anglican. À chaque fois avec l’enthousiasme d’un premier communiant.

Faire comme le curé de Bray prend, après cette quatrième conversion, tout son sens : changer d’avis selon l’air du temps, retourner sa veste pour plaire aux puissants, être une girouette politique pour demeurer en place (en l’occurence celle de curé de Bray pour ce dévot à foi variable).

De nature liturgique à ses débuts, faire comme le curé de Bray va devenir commune pour se rire des opportunistes prêts à abandonner leurs idées d’hier pour celles de l’instant parce qu’ainsi va le vent. Elle trouvera dans le registre politique une belle opportunité d’épanouissement, mais il serait injuste de l’y cantonner.

Faire comme le curé de Bray se rencontrera dans tous les états de la conviction molle où le fleure-fesses exerce. Toujours de pensée idoine, il passera ainsi à travers les gouttes et conservera ses attributs bien que l’expression lui reproche subtilement de ne pas en avoir.

L’heureuse séparation des Églises et de l’État sonnera le glas de faire comme le curé de Bray.

Inconnue en modernité, la locution ne permettra plus de pointer du doigt le combinard à credo ma non troppo ou l’opportuniste bien installé. Sauf à le faire avec des mots qui dépassent la pensée, ce qui se serait évidemment pas très charitable.

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