Se vendre comme les cercueils à deux places [se vâdre kòm lé sèrkëj a dö plas]

Fig. A. Article R. 2213-16 : il n’est admis qu’un seul corps par cercueil.

[se vâdre kòm lé sèrkëj a dö plas] (loc. com. FIASC.)
Une rivalité farouche oppose depuis la nuit des temps la confrérie des boulangers à celles des croque-morts.

Difficilement compréhensible puisque les deux professions ne sont a priori pas concurrentes, certains avancent qu’elle provient de l’expression remercier son boulanger que les professionnels du pain imaginent avoir été créée par les hommes en noir de chez Borniol, ce qui expliquerait qu’en retour ceux-ci attribuent à la boulange la dépréciante locution se vendre comme les cercueils à deux places.

Se vendre comme les cercueils à deux places est en effet une moquerie commerciale adressée au boutiquier se retrouvant avec un conséquent stock d’invendus, tous produits confondus. Un risque qu’encourent assez peu les professionnels de l’enfouissement humain (bien qu’ils ne puissent compter sur la fidélité de leurs clients) sauf à proposer des cercueils à deux places, donc, puisqu’il est de coutume de passer sa mort tout seul¹. Cette convention funéraire (traduite en forme administrative dans l’article R. 2213-16) module le côté narquois de se vendre comme les cercueils à deux places : la bière double ne peut réglementairement exister.

Signalons ici que se vendre comme les cercueils à deux places s’applique à absolument tout domaine mercantile (hors pompes funèbres). C’est d’ailleurs pour réduire la portée de l’expression qu’on été inventés les soldes, dès 1830 (réglementés en 1903).

Cet instant privilégié durant lequel, pour le quart de la moitié du prix, le consommateur impulsif va pouvoir acheter un pantalon qu’il ne portera jamais ou un téléviseur à écran-incurvé-4K-UHD-55-rétroéclairage-par-LED-Hybrid-Log-Gamma-HDR-10+-Mega-Contrast-PurColor² qu’il exposera avec fierté aux yeux de ses connaissances ébahies, est largement responsable de la chute en désuétude de se vendre comme les cercueils à deux places.

L’importation moderne du vendredi noir³ étatsunien va définitivement faire basculer se vendre comme les cercueils à deux places dans le monde suranné.

Grâce à des techniques imparables de boutons rouges clignotants, d’intimations à saisir dans l’instant ce qui n’existera plus demain, d’invitations à saisir avant fermeture définitive, tout peut désormais se vendre.

Et si l’article R. 2213-16 du Code Général des Collectivités Territoriales ne s’y opposait pas de toute sa rigidité, un cercueil à deux places trouverait ses acheteurs. Business is business.

¹Hors catacombes parisiennes où six millions de locataires éternels se serrent les coudes et les fémurs. Hors Tristan et Yseult.
²Authentique.
³Aussi connu sous le nom de black friday.

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