Faire le Guignol [fèr le ɡiNòl]

Guignol n'est pas celui qui fait le mieux le Guignol puisqu'il s'agit de faire le clown.

Fig. A. Chibroc corrigeant Gnafron.

[fèr le ɡiNòl] (loc. péj. THÉÂ.)
Attention ! Derrière toi ! Le gendarme !

Qu’il soit né gone de la Croix-Rousse, poulbot de la rue Lepic, minot du Panier ou drôle de n’importe où, l’enfant des années surannées l’a hurlé. À s’en époumoner. Parce que Gnafron n’a pas mérité de finir en prison pour cause de tronche rougie au Beaujolais ou quelque autre peccadille.

Éviter de se faire rosser par Chibroc (ou Flageolet, ou La Ramée ou simplement le gendarme, son nom variant selon les castelets) qui manie la gomme à effacer le sourire comme argument majeur, est l’activité principale de Guignol et ses compères mais ne constitue pas pour autant l’exacte définition de faire le Guignol.

Faire le Guignol c’est avant tout se comporter comme un clown en enchaînant les pitreries, se donner en spectacle comique devant ses petits camarades de classe tout en clignant de l’œil (guigner de l’œil, guigne-œil, guignol) parce qu’on aime bien les faire marrer¹, et éventuellement éviter la sanction maréchaussesque.

Attention ! Derrière toi ! Le gendarme !

Fait le Guignol en classe c’est aussi la remarque sentencieuse qui peut biffer de rouge un bulletin de note et entraîner quelques complications avec l’administration scolaire et ses complices parentaux, tuant peut-être dans l’œuf une vocation d’artiste.

Et pourtant faire le Guignol est bel et bien un métier puisque depuis 1808 et la création de sa marionnette par Laurent Mourguet, des milliers d’enfants sont venus Luco ou ailleurs lui verser leur obole pour l’encourager à battre les vilains avec son gros bâton tenu bizarrement. Mais en ces temps surannés mieux vaut penser au bachot plutôt que faire le Guignol, c’est ainsi…

Fig. B. Attention ! Derrière toi ! Le gendarme !

Signalons que près d’un siècle après le Lyonnais de bois et de chiffons, le Grand-Guignol s’installera dans la langue² et le IXᵉ arrondissement parisien en mettant en scène des pièces de théâtre glauques nettement moins boyautantes que celles de son petit homonyme, même s’il y est souvent question de tripes à l’air et d’épouvante³.

Enfin, certains créateurs indépendants de l’argot des faubourgs tenteront faire le Guignol comme synonyme de donner naissance à un enfant mais l’expression ne s’imposera pas.

En 1980 la désignation chantée par Chantal Goya de la marionnette comme responsable de tout et son contraire avec son braillard « C’est Guignol, c’est Guignol, c’est Guignol ! » répété à l’envi pendant deux minutes et cinquante secondes fatigantes, va pousser faire le Guignol en surannéité.

L’expression ne se relèvera pas du succès du 33T vendu à plus de cent mille exemplaires.

¹C’est aussi un excellent moyen de se faire remarquer par la blondinette à couettes du premier rang.
²Il donnera grand-guignolesque.
³Dernière torture, L’Amant de la morte, L’Étreinte sanglante, Bourreau d’enfants…

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