La semaine des quatre jeudis [la səmɛn de katʁ ʒødi]

Fig. A. Une journée idéale pour marcher dans la forêt.

[la səmɛn de katʁ ʒødi] (exp. ILLUS.)
Ami lecteur à l’œil de lynx et au cerveau agile, tu auras remarqué combien les choses tiennent à une lettre ou un signe. Sans « u » la semaine des quatre jeudis serait gageons-en devenue le titre de l’épisode IX de la fameuse « Guerre des étoiles », celui où Yoda, Skywalker père et fils et Obi-Wan Kenobi s’affrontent dans les limbes et où l’on apprend que Yoda est le frère de Han Solo.

Mais Dieu merci nous avons évité cela, ne révélant pas au passage la fin de quarante années de suspens galactique insoutenable. Redevenons sérieux un instant, s’il-vous-plaît.

La semaine des quatre jeudis est surannée parce qu’elle nous vient d’une époque où l’école était fermée le jeudi. Eh oui, on travaillait le mercredi et pas le jeudi. Le jeudi était donc le mercredi mais à sa place du jeudi dans la semaine, c’est à dire après le mercredi. Vous suivez ?

À l’époque ça ne paraissait pas compliqué : le mercredi c’était jeudi et puis c’est tout. Mais ça s’appelait déjà le jeudi, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Si Dorothée avait sévit dans ces années son émission se serait dénommée Les Visiteurs du Jeudi. Mais elle est arrivée plus tard. Je crois que le jeudi c’était le jour de Daktari. C’est un peu loin dans ma mémoire, vous ne m’en voudrez pas.

La semaine des quatre jeudis c’était donc l’expression consacrée pour envisager un week-end prolongé de plusieurs jours dans une France qui venait tout juste de passer à quatre semaines de congés payés (n’y voyez aucune malice moi aussi j’aime bien glander des fois). Elle imaginait avec un certain détachement teinté d’une ironie façonnée à la sueur et au labeur un enchaînement soudain de quatre jours chômés, un petit Paradis sur terre, un peu comme… une journée idéale🎶

🎶…Pour marcher dans la forêt
On trouverait plus normal
D’aller se coucher
Seuls dans les genêts
🎶Le lundi au soleil
C’est une chose qu’on n’aura jamais
Chaque fois c’est pareil
C’est quand on est derrière les carreaux
Quand on travaille que le ciel est beau🎶
Qu’il doit faire beau sur les routes
Le lundi au soleil !🎶🎶

Pardonnez-moi, je m’emballe.

Vous aurez cependant bien noté que si on écoute les poètes populaires on ne bosse pas le jeudi, pas le lundi, évidemment pas le samedi ni le dimanche et que si je te rajoute au passage un jour férié et deux RTT faudra pas s’étonner qu’on passe pour le peuple le plus vacancier de cette planète.

Heureusement l’Organisation internationale de normalisation (ISO) est apparue au milieu de ce paysage bucolique impropre à la productivité et propose de numéroter les jours de 1 à 7¹ plutôt que de les nommer selon cette vieille et ennuyeuse tradition gréco-romaine qui fêtait chaque jour une divinité (pour info le jeudi c’était Jupiter qui est le Dieu du tonnerre et de la foudre). Ce faisant la semaine des quatre jeudis deviendrait la semaine des quatre 4. Ça envoie moins de rêve.

Je suis contre.

¹Authentique, vous me connaissez je n’ai pas l’habitude de vous raconter des bobards.

  2 comments for “La semaine des quatre jeudis [la səmɛn de katʁ ʒødi]

  1. Pascal
    21 novembre 2018 at 19:55

    L’expression complète est la semaine des quatre jeudis et des trois dimanches.
    Le jeudi, c’était bien le jour de Daktari.
    Les visiteurs du mercredi, ce n’était pas Dorothée, mais Soizic Corne.

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