Chaud lambin [So lâbê]

Fig. X. Un bien chaud lambin.

[So lâbê] (n. com. SEX.)
L‘oxymore érotique qui se profile dans les lignes qui suivent prend le contre-pied de la définition du coureur de prétentaine. Il sera donc nécessaire de connaître la réputation de chaud lapin du gonze en question pour comprendre l’ironie sous-jacente de la réunion en une seule expression du traînard et de la pétulance.

Chaud lambin n’existe que grâce à chaud lapin.

Autant le lapin est d’une rapidité servie par l’excitation, autant le lambin est d’une nonchalance étouffée par on ne sait quelle touffeur¹. Ainsi, quand la chaleur aidera le lapin dans son libidinal dessein, elle flétrira le lambin qui, lui, n’a pas vraiment d’autre objectif que celui de ne pas faire grand-chose ou de le faire doucement. En matière de séduction s’entend.

Chaud lambin est en effet une moquerie adressée à celui qui a donc renoncé à ramasser les petits mouchoirs chus, par lassitude ou parce que la terre est trop basse, alors que les coquettes, coquines, s’échinent à encore le vouloir gaillard. Tout lent qu’il est le chaud lambin porte bien.

Ce sont les chauds lapins fiers de leur fièvre, d’ailleurs, qui le raillent ainsi en chaud lambin. C’est que flâner les irrite ces galantins à grandes oreilles tendus vers la conquête. Chauds comme un baraque à frites, ils n’imaginent pas d’autre attitude que l’empressement libidineux.

De peu d’intérêt par définition, le chaud lambin ne doit donc son expression qu’à cette affinité sonore avec l’animal totem de l’excité et à sa propension à le mettre en valeur, et nous devrons ici faire de la peine à ceux qui espéraient trouver en conclusion une morale façon Le lièvre et la tortue (« Rien ne sert de courir, etc. »). Le chaud lapin gagne à la fin et le chaud lambin arrive bredouille et bon dernier.

L’ambiguïté chasseresse de mœurs modernes plus fraîches abattit les deux gibiers d’un coup d’un seul. Le chaud lapin pour excès et le chaud lambin pour carence : il ne faisait bon ni pour l’un ni pour l’autre, gambader dans les prairies d’une époque où il faut être tendre et viril à la fois, attentif et indépendant, plein d’humour et sérieux. Désormais, les deux sont surannés.

¹Le saviez-vous ? La touffeur étouffe.

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