Pet-de-loup [pedlu]

Fig. K. Blablabla, blabla…

[pedlu] (n. com. PROUT.)
SYN. GNAGNAGNA.
Elle est parfois populaire, parfois catholique, d’été en politique, du troisième âge aussi : l’Université… universitas magistrorum et scolarium. Fleuron du savoir et de sa transmission.

Elle a son doyen, son nom qui orne fièrement des tee-shirts, ou des Teddy quand elle est des Amériques. Mais elle a aussi ses vieux professeurs pédants, enseignant sur un ton compassé le fruit de leurs recherches qui leur vaut le mépris ou l’estime d’autres sachants tout autant sentencieux.

C’est pour eux que les spécialistes créateurs de la langue surannée ont trait-unis¹ flatulence et canis lupus. Rien que pour définir ces vieux ronchons ridicules assénant l’épistémè, ils ont posé là pet-de-loup.

Évidemment pet-de-loup sent la bravade potache, mais il fallait bien fouiller dans le pipi-caca pour mettre le nez dans leur suffisance, à ces diafoirus montés sur grands chevaux qui n’aiment rien d’autre que s’écouter gloser. Pet-de-loup rend bien le fond de leur pensée : merdeuse tant elle est prétentieuse.

Le vent de n’importe quel animal aurait largement pu suffire (vache, cochon, simple canidé péteur de nos trottoirs) mais les petits rigolos qui inventèrent pet-de-loup voulurent y ajouter un peu de peur ancestrale, celle de la bête du Gévaudan qui boulotta plus d’une centaine de braves gens au XVIIIᵉ, celle du gémissement plaintif qui hante la forêt, marquant que l’ampoulé peut aussi s’avérer méchant. Prends garde mon enfant, le pet-de-loup a de grandes dents et c’est pour mieux te manger.

Les pets-de-loup snobinards du savoir vécurent de belles années, écrasant plus d’un Sorbonnard du poids de leur rhétorique fumeuse. Ceux qui lurent jusqu’au bout la prose de ces magister entamèrent de brillantes carrières dans l’entreprise ou l’administration, fournissant à des assemblées désormais subjuguées, des PowerPoint™ aux formules consacrées, disruptant à gogo, focusant tant et mieux de kick-off meeting en workshop (le tout aidé par une technique sans faille de mots tournicotants aux couleurs arc-en-ciel, de bruitages créatifs et de typographie Comic Sans, mais ceci est juste une faute de goût et donc une autre histoire).

Malins qu’ils sont, ces modernes tout aussi farauds que leurs maîtres, avaient déjà pris soin de faire du pet-de-loup un vieux mot désuet. Des fois qu’on sentirait le vide abyssal que cachent leurs effets.

¹Unir d’un trait d’union.

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