Chanter comme un rossignol à glands [Sâté kòm ê ròsiNòl a ɡlâ]

Fig. A. Goret en pleine répétition. ©TF1.

[Sâté kòm ê ròsiNòl a ɡlâ] (loc. verb. STARAC.)
N‘en déplaise à l’Almanach Vermot, promoteur officiel de la sagesse proverbiale, il va en ces lignes nous falloir contredire la maxime qui veut que dans le cochon tout soit bon.

Oui le jambon, le jarret et le pied de cochon sont bons. Oui la palette, l’épaule et l’échine se laissent cuisiner. Oui tout ce qui tourne autour du filet, mignon, point et côtes est délicieux. Et même les oreilles trouvent leurs amateurs.

Mais le chant du cochon : non ! Dans le cochon, la mélodie ce n’est pas bon.

C’est d’ailleurs ce que veut nous exprimer l’expression chanter comme un rossignol à glands.

Chanter comme un rossignol à gland est née d’une boutade lancée par Louis XI à l’un de ses conseillers et féru musicien, l’abbé de Bagne, lui enjoignant de faire se produire une chorale de gorets à toutes fins récréatives. L’Universelle Aragne avait d’étranges passe-temps, mais il est tout de même préférable de vouloir entendre le chant d’une troupe porcine plutôt que celui des suppliciés enfermés dans des cages de fer (un autre loisir du fils de Charles VII et de Marie d’Anjou).

Ordoncques, voici que le bon abbé réunit ses artistes à queue tire-bouchonnée et réussit à les faire grouiner dans une sorte d’harmonie, en leur piquant les fesses selon une savante partition qu’il avait travaillée. De gruïk en gruïïïïk en quelque sorte, les choristes du bel ensemble chantent comme un rossignol à glands.

La formule pleine d’humour que l’histoire attribuera donc à Louis XI, rassemble en une locution le ton joyeux du rossignol et celui moins discret du bruyant bouffeur de glands. Il n’en fallait pas plus pour décrire les piètres vocalises de n’importe quel chanteur de salle de bains s’imaginant en vedette à l’Olympia.

Chanter comme un rossignol à glands prit ses quartiers dans la langue surannée et devint incontournable, les mauvais interprètes des Feuilles mortesse ramassant à la pelle.

Ainsi de Satisfaction2 massacrée avec enthousiasme en Yesterday, all my troubles seemed so far away, now it looks as though they’re here to stay, oh, I believe in yesterdaypsalmodiée en yaourt, de Mots bleus jamais égalés en Opium trop consommé pour ne pas se noyer dans le port de Saïgon, est une jonque chinoise, mystérieuse et sournoise, dont nul ne connait le nom4, chanter comme un rossignol à glands connut son heure de gloire.

Contrariant les troubles desseins économiques de modernes académies télévisées vantant les mérites d’un apprentissage accéléré de l’art chansonnier par enfermement dans une maison de maître, chanter comme un rossignol à glands fut d’autorité bouté hors du champ lexical par les marchands de cerveau disponible. Des fois qu’on se serait aperçu que leurs poulains ne valaient guère mieux que les gorets de l’abbé de Bagne.

Chanter comme un rossignol à glands se défila, filant au suranné, et l’on entreprit alors de parler de « jeunes talents en qui les producteurs mettaient tous leurs espoirs ». Au grand désespoir de ceux qui aimaient la chanson.

1Les Feuilles mortes, Jacques Prévert, Jospeh Kosma.
2Satisfaction (I can’t get no), Jagger, Richards.
3Yesterday, Paul Mc Cartney.
4Opium, Charlys, Guy D’Abzac.

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