Marchand d’orviétan [marSâ dòrvjétâ]

Marchand d'orviétan

Fig. D. Marchand d’orviétan faisant l’article devant un parterre de malades.

[marSâ dòrvjétâ] (n. com. PHARMA.)
Nous devons à Jérôme Ferrante, apothicaire de pacotille originaire d’Orvieto (Italie), le breuvage guérisseur de tout (gale, peste, goutte, vérole, rougeole, etc.) qui donna naissance à la fameuse expression désignant tout charlatan vendeur d’impossibles solutions : marchand d’orviétan.

C’est l’un de ses collègues en bonimenteries guérisseuses, Cristoforo Contugi, qui exporta au royaume du XIVᵉ des Louis sa mixture concurrente sérieuse du pouvoir royal de guérison des écrouelles. Le roublard ayant officiellement fait reconnaître les vertus de son brouet par la faculté de médecine de Paris, marchand d’orviétan demeura longtemps un métier respecté.

Cependant, intrigué par les pustule suintantes qui continuaient à suinter, décontenancé par les toux persistantes malgré deux cuillerées quotidiennes, peiné par les souffrances récurrentes de ceux que l’ingurgitation du bouillon devait guérir sous peu, le bon peuple finit par comprendre que le mélange de racine d’aristoloche longue et de racine d’aristoloche ronde, de racine d’angélique, de bistorte, de carline, de contrayerva, de fraxinelle, de gentiane, d’impératoire, de quintefeuille, de serpentaire de Virginie, de tormentille, de valériane, de zédoaire, de feuilles de chardon-bénit, de pouliot, de rue, de sabine, de scordium, de scabieuse, de fleurs de millepertuis, d’écorce d’orange, de cannelle, de citron (une once de chaque), et enfin de vipère sèche (deux onces), le tout mis en poudre à incorporer dans du rob de genièvre et du miel despumé (trois livres de chaque) puis mélangé à du thériaque d’Andromaque, du mithridate (deux onces), de l’huile essentielle de rue, de succin blanc, de girofle et de genièvre (un scrupule de chacune)¹, n’était en fait qu’un embrouillamini pour gourdiflots sans aucune disposition guérisseuse.

Marchand d’orviétan devint alors synonyme de banquiste, de menteur de foire, de bonisseur à deux balles, de docteur en soupe salée.

La pharmacopée moderne oubliant la vipère sèche et autres ingrédients, elle fit aussi désapprendre marchand d’orviétan aux malades et acheteurs naïfs (qui s’étaient entre temps rabattus sur la poudre de perlimpinpin puis sur la Pierre du Nord), et l’expression se perdit en surannéité.

Bien heureux furent les inventeurs d’onguents rajeunissants estompant-rides-et-ridules-en-moins-de-huit-jours-dans-quatre-vingt-sept-pour-cent-des-cas-selon-une-étude-réalisée-auprès-de-cinq-personnes-vous-paraissez-plus-jeune : on aurait pu un instant les confondre avec ces filous d’Orvieto et les traiter de marchands d’orviétan.

¹Recette authentique de l’orviétan.

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