Donner du baume de Galaad [dòné dy bom de ɡalaa]

Fig. A. Riches hommes plaignant les pauvres.

[dòné dy bom de ɡalaa] (loc. verb. DEU.)
SYN. Inagir.
Cedronella Triphylla canariensis. Son feuillage vert et ses fleurs roses font le parfum camphré si caractéristique de son baume. Plante quasi miraculeuse qui guérira l’eczéma, l’asthme, les bronchites, régulera la tension artérielle, et dont on obtiendra tous les miracles pour peu qu’on l’implore correctement puisque après tout son onguent est biblique.

Donner du baume de Galaad consiste donc à passer sur le mal un remède dont les Dieux décideront s’il doit le soigner. Autrement dit c’est se contenter de plaindre et surtout ne pas agir. Ce qui est en soi un mal que l’on pourrait peut-être guérir en donnant du baume de Galaad mais il est peu probable qu’il en serait curé.

Trop souvent confondu avec le fameux Sirop du docteur Placebo®, pour rappel un mélange d’eau et de sucre avec une goutte de sirop de menthe qui se donne en cas de chute de vélo ou de plat à la piscine suite à un plongeon ambitieux initialement destiné à épater une blondinette, le baume de Galaad est sans réalité. Donner du baume de Galaad ne se fait qu’en paroles larmoyantes tout en se tenant constamment éloigné de l’action qui pourrait salir les mains.

C’est là sa caractéristique majeure : le baume de Galaad n’est pas disponible en pommade, en crème ou en gel et se passe avec la langue, toujours dans le sens du poil. Et c’est en psalmodiant que se mettra en branle son effet utopique.

Prioritairement destiné à ceux qui peinent de voir les autres souffrir et qui se disent que justement ce doit être bien difficile de souffrir-autant-tiens-tu-peux-me-redonner-du-gratin-la-misère-ça-me-donne-faim, le baume de Galaad apaise celui qui le donne et non celui qui en reçoit l’onction. C’est sa seconde caractéristique.

Donner du baume de Galaad est d’un tel degré d’ironie qu’elle ne pouvait être toléré par la modernité toujours révérencieuse. Barrée par l’industrie du gel qui fait mincir en quarante-huit heures et de la pommade qui aide à rajeunir, vilipendée par la manufacture du miracle qui guérit (alléluia), donner du baume de Galaad fut bannie du langage quotidien, condamnée à errer en surannéité, croisant parfois s‘en tamponner le coquillard et en toucher une sans faire bouger l’autre. C’est toujours ça.

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