Prendre Gautier pour Garguille [prâdre ɡotjé pur ɡarɡij]

Prendre Gautier pour Garguille

Fig. A. Janus prenant Gautier pour Garguille.

[prâdre ɡotjé pur ɡarɡij] (loc. verb. ART.)
L‘équivoque est une si grande subtilité du discours et du raisonnement qu’elle ne pouvait se contenter de son origine latine aequivocus pour toute explication. Comme elle est double interprétation possible, elle a trouvé en Hugues Guéru, dit Fléchelles, le moyen de s’exprimer. Suivez le guide pour plus d’explications.

C’est que le comédien, poète et chansonnier grivois, était le spécialiste du double sens au point de faire porter par son double nom de scène, Gautier-Garguille, la signification de l’erreur d’acception. Une véritable prouesse qui nous laisse à penser que le bonhomme savait y faire question embrouille de la pensée. Ainsi dit-on depuis le VXIIᵉ siècle, prendre Gautier pour Garguille lorsqu’untel se fourvoie.

L’étourdi qui mélange le bon grain et l’ivraie prend Gautier pour Garguille, le naïf qui prend une vessie pour une lanterne prend Gautier pour Garguille, le crédule qui prend ses désirs pour la réalité prend aussi Gautier pour Garguille. Et à chaque fois c’est à ce diable de farceur de Guéru que la langue rend hommage.

Flanqué de Turlupin et Gros-Guillaume, ses acolytes en gaudriole, Gautier-Garguille va écumer les foires de France et de Navarre et partager ses zig-zag versifiés aux idées avancées. Il déclame par exemple sans ambages à la foire aux bestiaux de Rouen en 1618 :

Qvand Guillot vient de matine,

O le bon mary ma voi∫ine,

Il baloye la cui∫ine,

Et me va querir de l’eau.

O le bon mary ma voi∫ine,

Il faudra en garder la peau.

Se moquant tant et tant de chaque chose et de tout, Gautier-Garguille godille dans tous les sens, si bien qu’à force de farces il scelle en erreur d’aiguillage son double patronyme. Une consécration.

Il est étrange et pour ainsi dire inexplicable que prendre Gautier pour Garguille soit devenu suranné. Un tel élément de langage boisé, châtié à souhait, d’une efficacité redoutable dans l’exercice de contrition consistant à plaider l’erreur à l’insu de son plein gré serait si utile en contemporanéité.

Un petit « J‘ai pris Gautier pour Garguille » pour justifier le compte bancaire Bahaméen, le cocktail qui fait grimper plus vite les pentes du Tourmalet ou la main baladeuse testant la résistance de l’élastique du string, et hop, ni vu ni connu je t’embrouille. Tellement plus élégant qu’un pathétique, et convenu, yeux dans les yeux.

Prendre Gautier pour Garguille a cependant disparu des usages. Malgré son savoir immense, le dictionnaire raisonné des mots surannés et expressions désuètes (celui-là même qui contient des centaines de définitions rigoureuses en bidules, littératures, sciences, langues, arts, sports, pensées & élégances), ne souhaitant pas prendre Gautier pour Garguille en vous assénant une vérité inventée, reconnaît ici qu’il ne sait pas pourquoi.

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