Tirer le canon le jour de sa naissance [tiré le kanô le Zur de sa nèsâs]

Fig. A. Canon de naissance.

[tiré le kanô le Zur de sa nèsâs] (loc. verb. BOUM.)
Démontrant benoîtement sa nature va-t-en-guerre, le pouvoir adore se faire entendre en faisant résonner le son du canon dans les grandes occasions.

Vingt et un coups de canon pour l’élection d’un président de la République française, cent un pour la mort d’un roi de France, cent trois pour un héritier royal de la perfide Albion, et une pétarade infinie pour le 14 juillet.

Entendant rectifier ces viriles et puériles démonstrations de celui qui pète le plus fort, la belle langue surannée s’est dotée d’un tirer le canon le jour de sa naissance qu’on pourrait largement qualifier de subversif. Explications.

Tirer le canon le jour de la naissance d’un quidam n’est en effet aucunement la marque d’un respect dans ce cas, mais plutôt celle d’une certaine moquerie. On dira par exemple à propos de celui qui n’a pas inventé le fil à couper le beurre qu’on a tiré le canon le jour de sa naissance, ou de celui qu’on aura bercé trop près du mur qu’on a aussi tiré le canon de le jour de sa naissance.

C’est au benêt, à l’idiot du village, que le langage gouailleur offre le privilège de la bruyante bombarde. Pas à l’élu ou au prince.

L’expression ne se préoccupe cependant pas tant de bafouer la différence de celui qui n’a pas la lumière à tous les étages, que de contrebalancer la satisfaction affichée d’un pouvoir qui auto-célèbre à grand bruit sa gloire naissante (ou mourante). Vous le savez, la langue surannée est bienveillante et l’esprit discordant n’y est pas rejeté pour peu qu’il soit aimable.

User de tirer le canon le jour de sa naissance pour paraphraser la déraison est en réalité une langue tirée et un pied de nez à la pompe arrogante et au seul caractère guerrier qui semble lui convenir pour fêter une vie qui s’éveille. Convenons qu’être accueilli dans la vie par le barouf de la grosse Bertha prédispose un peu plus à occire son prochain que si le faire-part de naissance s’était fait au gazouilli d’un rouge-gorge ou même au roucoulement mielleux d’un crooner gominé.

En tirant le canon le jour de sa naissance on ne donne au puissant ou au fou aucune chance de la moindre clairvoyance : les deux bougres sont à égalité sur ce plan. Tirer le canon le jour de sa naissance est bel et bien séditieux.

La fin (violente) de la monarchie de droit divin et l’instauration du principe républicain auraient dû vouer tirer le canon le jour de sa naissance au suranné. Mais non…

C’est simplement le manque de diplomatie d’une époque moins subtile qui remplaça l’expression par gros con.

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