Embouligou [ɑ̃buliɡu]

Fig. A. La Provence, pays de l’embouligou.

[ɑ̃buliɡu] (n. m. PROV.)
Guili-guilis embouligou ! Comment ? On me dit dans l’oreillette que certains n’ont jamais entendu cela, que je fabule, que j’imagine, que j’estropie, que je délire, pire encore que j’invente et je mens ! Halte-là camarade, si tes pas d’enfance ne t’ont jamais portés quelque part en Provence¹, si tu n’as jamais sommeillé sous la tonnelle et ri aux éclats pour des guili-guilis sur l’embouligou, hâte-toi de traîner tes parents en justice et oublie ton injuste vindicte à mon endroit. Tu devrais gagner gros.

Embouligou, disais-je, est tellement chantant et évident de surannéité (qui parle encore le provençal ?) que l’exposer ici me submerge de nostalgie. Qu’il est loin ce temps rieur de la prime enfance et des guili-guilis sur le nombril… On faisait aussi la trompette en collant la bouche sur cette zone si sensible et en soufflant comme Miles Davis. Ça y est, ça vous revient ? Eh oui embouligou, le nombril. Pas celui du monde, pas encore du moins, mais celui qui ne sert à rien d’autre qu’à chatouiller. Vous avez remarqué combien cette fonction est partagée par tous les nombrils malgré leurs apparences variées ? Quelle que soit son anatomie l’embouligou est toujours sensible et chatouilleux. Comment ça vous n’en savez rien ? Vous ne pratiquez donc plus guili-guilis embouligou ? Eh bien laissez-moi vous dire que c’est un tort et qu’une bonne séance quotidienne aurait pour ultime vertu de dérider les plus coincés des puissants et des grands. Tiens, ça devrait même être obligatoire : plutôt que de se faire souffler dans les bronches, se faire souffler sur le nombril.

Que ceux qui me disent que je confère une importance à ce qui n’en a guère aillent rôtir en enfer. Vous avez-vu combien on en prend soin de cet embouligou ? Il s’harnache de tatouages, il se décore d’anneaux, il siège aux cœur d’abdominaux travaillés à l’effort. Il est au centre des préoccupations et on accuse même le prétentieux de trop se le mirer. En vérité je crois bien que Courbet s’est trompé : l’origine du monde c’est l’embouligou.

¹Voir aussi esquiché

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