Fifrelin [fifrelê]

Fig. A. Pfifferling. Goethe Museum.

[fifrelê] (champ. Ø)
Das ist keinen Pfifferling wert. Oui mes amis, oui, c’est dans la langue de Goethe qu’il nous faut aujourd’hui fouiner pour découvrir la trace originelle de cette mesure désormais désuète. Et dans cette langue déclinable au nominatif, à l’accusatif, au datif et au génitif c’est en plus avec le vocabulaire du mycologue que nous allons devoir travailler pour tirer au clair origine et juste utilisation. Ardue est la tâche qui nous attend.

Fifrelin vient donc directement de Pfifferling, qui signifie girolle pour tout Bavarois de Haute-Bavière, Basse-Bavière ou Haut-Palatinat, pour tout Tyrolien du Tyrol vocalisant ses folkloriques onomatopées, pour tout Samnauner du canton des Grisons. Rien ne prédisposait cependant ces braves pratiquants du Hochdeutsch à exporter le basidiomycète de la famille des cantharellaceae, la girolle si vous préférez, dans la langue de ce pays voisin où, comme le prétendait Friedrich Sieburg on peut être Glücklich wie Gott in Frankreich¹.

Il est possible que la guerre franco-prussienne de 1870 nous ait apporté le fifrelin puisque Larousse l’inscrit en ses pages en 1890, mais après tout peu importe le sporophore, l’essentiel est bien que le champignon en question ait essaimé de ce côté du Rhin.

Fig. B. Glücklich wie Gott in Frankreich.

Rapidement, ce qui n’a que très peu de valeur, ce qui ne vaut pas un clou, ce qui ne vaut pas tripette, ne vaut pas non plus un fifrelin.

C’est donc de toute évidence sans percevoir qu’il s’agit de girolle que la langue valorise aussi bas le fifrelin unité de mesure. Car la girolle est un des plus nobles et goûtus champignons, plus parfumée que le cep des bois, moins gélatineuse que la guépinie en helvelle, et beaucoup plus respectueuse de la vie que l’amanite phalloïde. Alors pourquoi diable faire fi du fifrelin et donc enfin se fourvoyer ?

La langue a parfois des secrets qu’elle ne révélera pas, pas plus que le chasseur de champignons ne vous indiquera ce bon coin à girolles. Mais fifrelin se promènera avec tous ceux qui n’en ont pas un en poche pendant toutes ces années surannées.

Notons au passage qu’il déterminera dans la science des ressources humaines le grade de sous-fifre, insignifiante pièce de la hiérarchie productiviste, homme de basse besogne que l’on peut mettre plus bas que terre, là où précisément pousse la girolle.

Le fifrelin disparaîtra dès lors que nous n’irons plus au bois, c’est-à-dire avec l’exode rural qui fera oublier à l’habitant des villes l’odeur d’une poêlée de girolles parfumées à l’ail et au persil. En cette époque sous vide en sachet pasteurisé où le moderne risquerait de confondre girolle et amanite, pas de risque et foin de fifrelin !

¹Heureux comme Dieu en France.

Laisser un commentaire