Furax [fyraks]

Fig. A. Poste TSF pour écouter Signé Furax sur Europe numéro 1. Musée #E1.

[fyraks] (adj. HUME.)
Être un mélange de synonyme et d’antonyme relève d’un art consommé du langage créatif qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’au suranné supérieur, et encore faut-il que les docteurs ès argomuche se réunissent par une nuit de pleine lune pour en décider. C’est cependant ce qui arriva au cours du XXᵉ siècle quand d’étranges circonstances permirent à furibond et à relax de faire cause commune.

Furibond lui donna son préfixe (et non le latin fur – voleur- comme certains le prétendent) et relax termina le travail en suffixe.

Furax naquit ainsi sous les auspices de la colère et de la coolitude, traduisant un courroux qui ne s’abattra pas, bien que ce ne soit pas l’envie qui lui manque. Si le furax est furieux il est en effet curieux de constater qu’il fulminera sans pour autant fouetter ceux qui pourtant le mériteraient. Le furax est un impétueux fumasse mais jamais un violent, c’est tout à son honneur.

Né calembour en quelque sorte, furax est surtout un appel au bon mot pour faire baisser la pression, et le cas échéant la boire, plutôt que de grimper au cocotier. Même pour Edmond, Furax de son nom, nonobstant dangereux criminel, tout est prétexte à fantaisie et amusement avec la langue.

J’en vois interloqués. Qui est donc cet Edmond ? Mais enfin mes lecteurs et néanmoins amis, Edmond Furax, ce truand radiophonique imaginé par Pierre Dac et Francis Blanche qui en mille trente quatre épisodes diffusés sur Europe numéro 1 comme on disait alors, tient en haleine des milliers de familles rassemblées autour de la TSF ! Eh oui les djeuns’, on est en 1951 et le poste à transistors n’existe pas encore, mais ceci est une autre histoire.

Edmond Furax donc, joué par Jean-Marie Amato, ravira avec sa fameuse « Et c’est pour ça que tu m’aimes, Malvina » qui a frôlé le suranné, et surtout fera entrer furax dans le sabir du quotidien. Le coléreux, l’exaspéré et l’écorché par la bêtise de leurs contemporains seront désormais désignés comme furax.

Une modernité bénie oui-oui confondant colère et sévices réfutera à furax le droit d’exister. Elle l’enfouira au suranné, avec les pensées d’André Isaac, dit Pierre Dac, et tous les mots de Francis-Jean Blanche, dit Francis Blanche. L’atrabile des anciens, fluide de mélancolie d’où jaillissait l’onde furax est tarie. Tant pis.

 

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