Avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule [avwar labatZur o ra de lâpul]

Fig. A. Abat-jour au ras de l’ampoule.

[avwar labatZur o ra de lâpul] (loc. verb. LUX.)
Protéger les yeux de l’éblouissement : telle est la fonction première de l’abat-jour; la secondaire étant l’apport d’une preuve de bon goût et d’un indéniable sens de la décoration d’intérieur qui resteront cependant une autre histoire en ces lignes. Demeurons donc primaires et attachons-nous à cet accessoire qui préserve la vue d’une lumière trop intense qui pourrait lui causer des dommages.

C’est en ce sens que travaille l’abat-jour : prévenir tout accident qui pourrait arriver en signalant par la litote avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule, qu’à trop reluire, certaines zones pourraient éblouir et entraîner de fâcheuses conséquences pour l’ébloui (bave aux commissures, prise de ses désirs pour la réalité, difficultés d’élocution, etc.).

Car qui a l’abat-jour au ras de l’ampoule attire immanquablement le regard comme la lumière attire le papillon de nuit. Et tant que l’ampoule est allumée le papillon se damne pour s’y frotter. Il est comme ça le papillon… l’instinct, très certainement.

Avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule signale donc une utilisation parcimonieuse et jugée trop légère des capacités dissimulatrices d’un morceau de tissu de forme conique ou cylindrique en charge de protection visuelle (cf. Fig. A.). C’est à André Courrèges et Mary Quant qui se partagent l’honneur de la création de la mini-jupe en 1962, que l’on doit avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule qui connaîtra ainsi son heure de gloire. Le débat, vieux comme l’origine du monde, sur la juste longueur de l’abat-jour anime en ces années tous les férus de décoration luminaire, certains estimant qu’une ampoule n’a pas à se cacher, d’autres prétextant que la bonne taille de l’abat-jour est en-dessous du genou. Entre cheveux longs et idées courtes on s’étripera sur la question jusqu’à ce qu’elle s’éteigne, la mode passant à autre chose (pantalon en cuir, mini-short en jean par exemple).

Avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule disparaît définitivement dans les années 2000 avec l’émergence de la lampe à diode électroluminescente (LED) qui vit au grand jour : le moderne laisse tout à vue, c’est bien connu. Avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule ne cache plus rien.

  3 comments for “Avoir l’abat-jour au ras de l’ampoule [avwar labatZur o ra de lâpul]

  1. A Robert
    10 septembre 2018 at 13:21

    Ah ! C’est un peu comme  » avoir le capot au ras du moteur, alors !

  2. mkvnyx
    20 janvier 2019 at 18:25

    Salut, je suis fan de cette expression,
    et bien content d’être tombé sur cet article par hasard !
    Merci pour cette douce lecture,
    j’adore ta plume !
    😉

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