Slime [slim]

Fig. A. Slime éternuement. Artiste inconnu. Fin XXe s.

Fig. A. Slime-éternuement. Artiste inconnu. Fin XXe s.

[slim] (marq. dép. ©)
Et là le moderne s’est exclamé qu’il n’était pas question de surannéité, que bien au contraire on était en pleine actualité, à la mode, in the mood, à la page (enfin non, ça c’est suranné).

Oui, le djeuns’ porte les jeans taille slim. Ça souligne ses formes bien conformes à la norme, et ne pensez pas un instant que nous puissions nous en plaindre. La question n’est pas là.

N’est pas slime qui veut et surtout n’est pas slime un pantalon ! Le slime dont il est question en ces lignes dédiées est une pâte verte et gluante, l’une de ces inventions sans garde-fou des loufoques industries du loisir des années non normalisées. Froide et molle, vicieusement agréable au toucher, dégoulinante à souhait, la pâte slime est le compromis improbable entre la morve au nez et le chewing gum collant, entre la gadoue fangeuse et la glace baveuse. Une sorte de paroxysme de l’attraction-répulsion créé par une matière inconnue qui autorise les plus animaux de nos instincts à se repaître de sensations bannies.

Livré dans un petit contenant en forme de poubelle, le slime annonce la couleur : on est en pays dégueulasse. Et justement quant à ce qui est de la couleur on serait carrément du côté tchernobylesque de la chose avec ce vert fluo qui ne rappelle rien de connu puisque sorti avant ces fameuses années multi-colorées qui détruiront l’amour-propre de quelques créateurs vestimentaires (mais ceci est une autre histoire).

Selon l’imagination de son propriétaire, le slime tiendra le rôle de résultat d’un bel éternuement (ma mère en conserve encore des haut-le-cœur), de simulacre de flatulences lors de sa compression (un chef d’œuvre lorsque joué à la table du repas familial), de vomissements sur le parquet ou sur le canapé, bref de tout ce qui peut faire se pâmer une maîtresse de maison soucieuse de son intérieur¹. Son usage est d’autant plus risqué que le sens de l’humour du possesseur de slime n’est pas unanimement partagé, mais il faut vivre dangereusement.

Fabriqué à base de borax, ou tétraborate de sodium décahydraté, de formule brute Na2B4O7•10H2O comme vous la savez sans doute, le slime sera relégué au suranné par un tatillon Globally Harmonized System of Classification and Labelling of Chemicals des gratte-papiers onusiens, le classant en catégorie 1B, soit celui des substances présumées toxiques pour la reproduction humaine.

Bien que l’immense majorité des détenteurs de slime n’ait alors aucun intérêt pour la reproduction humaine², la visqueuse pâte est confisquée dès que la rumeur se répand. Les textes réglementaires et normes harmonisées la pourfendent à grands coups de module A de l’annexe II de la décision 768/2008/CE, et les procédures de conformité au type sur la base du contrôle interne de la fabrication sonnent l’hallali pour slime.

Le gag y perdra un complice, l’humour potache y laissera ses dernières illusions. De biens mauvais et modernes comiques télévisés tenteront à grand renfort de pâtes cuisinées déversées dans le slip de recréer l’idée du slime. Ils s’y perdront. À chaque époque son esprit malicieux.

¹Amies féministes je vous vois venir, mais désolé, on est dans les ans surannés et la maîtresse de maison est alors un concept commun.
²Ça viendra plus tard mais ceci est une autre histoire.

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