Ricmuche [rikmyS]

Fig. A. Le laboratoire de Paul Ricard en 1932.

[rikmyS] (n. com. et pr. ALCO.)
Plus d’une querelle intestine agite le pays aux mille fromages : pain au chocolat vs. chocolatine, Citroën vs. Peugeot, OM vs. PSG, Atlantique vs. Méditerranée, et, bien entendu, Perniflard face à Ricmuche.

Définissons ici les arguments de Ricmuche.

Si les marques américaines trustent la modernité numérique, celle des petits bits, si les marques japonaises ont toujours été fortiches côté électronique, Space Invaders oblige, le bleu blanc rouge est quant à lui porté aux nues quand il s’agit de causer anisé. Et tant qu’à faire puisqu’on est en pays suranné, avec une langue du même tonneau. C’est bien pour ça qu’on dit Ricmuche.

Évidemment, Ricard serait conforme au patronyme de l’inventeur, celui du jeune Paul Ricard qui mélangea anis du Yunnan, réglisse de l’Euphrate et herbes de Provence dans de nombreuses formules avant d’aboutir à celle du pastaga de Massilia (on n’ose imaginer l’état du chercheur après une année d’expériences, mais quand c’est pour la science, haut les cœurs), mais Ricmuche sonne moins ampoulé que Ricard.

Il faut dire que Ricmuche ne fait pas de manières, on n’est pas chez Nadine, on est au Père Tranquille. Que ce soit sec, avec trois, cinq ou sept volumes d’eau, Ricmuche tape les 45 degrés, soit le haut du panier depuis que les 72 de la dame verte sont devenus hors-la-loi, et 45 ça délie les langues trop précieuses… Et quand elles se mettent à dégoiser, les langues, eh bien elles jaspinent l’argomuche. Alors Marcel, tu nous mets un p’tit jaune, j’explique à ces m’sieurs dames d’où vient Ricmuche.

En 1984, Ricmuche produit sa milliardième bouteille; en 2000 c’est le double milliard qui est atteint. À deux centilitres la dose, le nombre d’apéros trinqués au Ricmuche frôle les cent milliards ! Ça en fait du tchin-tchin, du prosit, du cheers, du saúde, du kanpaï, du Ваше здоровье, du gānbēi, du salud ou salute. Ça en fait de l’avis autorisé sur, dans le désordre, la gestion de la dette publique, la bonne longueur pour les jupes de printemps, le régime des quotas laitiers, la faute évidente sur Battiston ou la Renault Fuego.

Ça en fait surtout un leader mondial des boissons anisées avec cent millions de bouteilles vendues dans le monde chaque année (et un quart bues en France…).

Le 29 juin 2015, Charles Pasqua, représentant secret de la maison Ricmuche auprès des différents gouvernements de la République Française depuis son élection dans la 4ᵉ circonscription des Hauts-de-Seine en juillet 68, meurt. Il emporte avec lui quelques dossiers compromettants (affaire Robert Boulin, ventes d’armes à l’Angola, affaire du casino d’Annemasse, etc., mais ce sont là bien d’autres histoires) et surtout, l’appellation Ricmuche.

Depuis, ni la politique ni l’apéro n’ont vraiment la même saveur.

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