Se faire manger la laine sur le dos [se fèr mâZé la lèn syr le do]

Se faire manger la laine sur le dos

Fig. M. Pour une laine de qualité exigez le label 100% naturelle.

[se fèr mâZé la lèn syr le do] (loc. verb. BÊÊÊ.)
À poil laineux, à poil laineux, à poil ! Mais si, vous l’avez chantée celle-là aussi, j’en suis certain. Entre une chasse au dahu et une veillée guitare, en colonie de vacances. Non ? Ah, vous voyez… (on est entre nous je ne cafterai pas). Bien, maintenant définissons.

Si à poil laineux possède évidemment un sens caché libidineux, il n’en est rien de se faire manger la laine sur le dos qui a, comme souvent au suranné, le mérite d’imager très simplement une situation.

Désagréable en l’occurrence la situation, même lorsque l’on est un gros ruminant laineux. Désagréable la situation, surtout lorsque l’on est comparé à un gros ruminant laineux. Se faire manger la laine sur le dos pose en effet comme postulat que le concerné s’il est mouton l’est avant tout de Panurge, grégaire à souhait et prêt à se jeter à l’eau parce que le précédent l’a fait, idiot et soumis à souhait à n’importe quel vilain. Vraiment très désagréable.

S’il est notoire que le mouton ne ressent aucune souffrance à la tonte, un peu comme l’homme quand il va chez le merlan (encore que s’il a mal choisi son capilliculteur, une séance puisse s’avérer être une torture psychologique s’il n’a que faire des analyses météorologiques ou des nouvelles sur les dernières descentes d’organes de la famille princière de quelque royaume que ce soit, mais je m’égare), il n’en est pas moins que se faire manger la laine sur le dos demeure une sensation fâcheuse en ce qu’elle draine dans son sillage d’asservissement voire de servilité.

Née au XVIᵉ siècle pendant ces longues transhumances entre plaines et montagnes, l’expression appuie sa construction sur l’observation du travail questeur du corbeau : le volatile qui aime son petit confort (d’où l’appellation de nid douillet pour ce qui est de son repère) arrachait consciencieusement toute la laine qu’il pouvait du dos du docile et paisible ovin afin de pourvoir son logis. Docte, et surtout sans possibilité de rébellion, la bestiole se faisait manger la laine sur le dos, au sens propre de la chose.

En avril 1943, un acte de résistance majeur marqua l’entrée en domaine suranné de se faire manger la laine sur le dos. Antoine de Saint-Exupéry publia à New York le Petit Prince, conte poétique mettant en scène un blondinet très poli venu d’une autre planète demandant à l’auteur de lui dessiner un mouton. Ce qu’il parvint à faire après quelques déboires mais je vous passe les détails. La fin de ce récit, que vous avez peut-être oubliée au profit d’un dialogue plus appris comme celui du renard¹, marque surtout la vengeance à venir du mouton : oublié sans muselière il est désormais le plus grand prédateur de la rose, amour du Petit Prince.

L’histoire ne le dit pas mais il est fort probable qu’il ait fini par la bouffer, marquant ainsi qu’il en avait bien marre depuis toutes ces années de se faire manger la laine sur le dos.

¹- Bien sûr, dit le renard. Tu n’es encore pour moi qu’un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n’ai pas besoin de toi. Et tu n’as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu’un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde…

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