Vipère lubrique [vipèr lybrik]

Vipère lubrique

Fig. S. Social-traître du Parti. Allég. Musée Lénine.

[vipèr lybrik] (n. com. SSSSSS.)
Depuis le Nahash de la Genèse, oui celui-là même qui entraîna la chute d’Adam et Ève avec son histoire de pomme à croquer, depuis avant même l’avènement des temps surannés donc, le serpent est une allégorie du vice.

Nous laisserons gloser théologiens, psychanalystes et savants de tous poils sur le symbole, pour nous concentrer ce faisant sur la vipère, digne représentante du premier des félons, quatre-vingt centimètres au bas mot, qui à défaut de siffler sur nos têtes se promène sereinement en campagne.

Mais c’est une variété particulière de ce reptile qu’il nous intéresse d’étudier : ni celle de la vipera aspis aspis qu’on trouve un peu partout en France, ni celle de la vipera aspis francisciredi plus italienne dans ses villégiatures, pas même la vipera aspis zinnikeri pyrénéenne. Non, c’est la vipère lubrique qui retiendra notre attention.

Cette subdivision unique, créée en 1936 par Andreï Ianouarievitch Vychinski, procureur général des purges staliniennes, vivait si l’on en croit son découvreur, dans les couloirs feutrés du parti communiste soviétique. Et la bougresse n’avait de cesse de comploter à tout va, faisant croquer la pomme à de traîtres trotskistes comme on disait alors.

Elle surgit de la bouche accusatrice et planta ses crochets à venin dans le cou d’accusés qui avaient déjà tout avoué, bien aidés en cela par la gégène stalinienne. C’est l’ampleur du procès et des coupes sombres dans les rangs qui donnèrent à la vipère lubrique toute sa notoriété insultante.

Dès les années quarante, vipère lubrique devint la dénomination du traître politique, de celui qui mord sans remords la main qui le nourrit, qui plante un couteau dans le dos (image osée car depuis qu’elle a quitté l’Eden la vipère lubrique ou non, n’a plus ni mains ni pattes). Autant dire que l’appellation connut un franc succès…

Le lascif ophidien qui vivait tranquillement sous les tensions de la guerre froide dut regagner sa cachette quand Mikhaïl Gorbatchev eu l’idée saugrenue d’une glasnost abandonnant la tradition de l’exécution sommaire d’opposant et celle du procès sans avocat. La vipère lubrique fila sans demander son reste, changea sa peau concupiscente pour de classiques écailles et se contenta dès lors d’attraper les souris qui passaient vers chez elle.

Le 25 décembre 1991 disparut pour de bon l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques et la dernière vipère lubrique.

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