Ne pas avoir cassé la patte à Coco [ne pa avwar kasé la pat a koko]

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Fig. A. Ney chargeant l’Anglois à Waterloo.

[ne pa avwar kasé la pat a koko] (exp. compl. FUT.)
La soldatesque a son langage suranné forgé au champ d’honneur et au fil des exploits guerriers et héroïques qui n’appartiennent qu’à elle.

Souvent poétesse, son pygmalion galonné la laissant divaguer, elle s’est au fil des ans et des conquêtes créé un bréviaire autonome. Trottinons au pas de la cavalerie avant qu’elle ne devienne mécanique.

Hue cocotte !

Apparus sous le règne de Louis XIII, structurés sous celui de Louis XIV, les dragons et hussards attendent sagement les guerres napoléoniennes pour s’illustrer sur tous les champs de batailles jusqu’à Waterloo où le Maréchal Ney chargera à plusieurs reprises les lignes de la perfide Albion. Les bonshommes à moustaches¹ y gagneront une solide réputation dans les faits d’armes. Mais laissons là les héros et leurs affres pilaires, et concentrons-nous sur les chevaux car se sont eux les Coco.

Oui, Coco est un nom de cheval² comme Médor celui de chien et Marguerite celui de vache, bien avant de devenir celui qui remplace Gabrielle devant Chanel (notons au passage qu’il est fort probable que la donzelle hérita du surnom grâce à ses fréquentations d’officiers du 10ᵉ régiment de chasseurs à cheval puis, plus tard, de quelques amants possédant toujours une écurie).

Coco ou dada, les deux font le cavale qui piaffe lorsque retentit la sonnerie du pansage annonçant le bouchon et le foin. Si le règlement militaire oblige à prendre grand soin de Coco³, l’étiquette chevaleresque suppose quant à elle de ne pas ménager le bestiau lorsqu’on charge sabre au clair. Quitte à casser la patte à Coco… ce qui relève alors de la bravoure et de la plus grande clairvoyance militaire. Être futé jusqu’à en bousiller son instrument de travail, on n’est pas à un paradoxe près au sein de la grande muette.

Ne pas avoir cassé la patte à Coco c’est donc ne pas avoir fait preuve d’intelligence ou, s’il vous faut un synonyme, ne pas avoir inventé la machine à cintrer les bananes. Convenons-en ici, ne pas avoir cassé la patte à Coco ne connaîtra pas une immense carrière hors du Cadre Noir, de la Garde Républicaine, et des régiments de hussards et de chasseurs.

Tout juste la croisera-t-on aux alentours des champs de courses, le dimanche à Vincennes, à Auteuil ou Deauville. Il est enfin probable que le caractère populaire de la préposition à pour introduire un complément d’appartenance lui asséna le coup de grâce, la mère à Titi demeurant le seul exemple connu d’une utilisation tolérée.

En fermant la dernière boucherie chevaline la modernité fit aussi mettre la clef sous la porte à ne pas avoir cassé la patte à Coco. L’animal ne s’en porte pas plus mal, gambadant tranquillement dans ses prés normands plutôt que de charger l’Anglois, autre passe-temps désormais tombé en désuétude mais ceci est une autre histoire comme disait Kipling.

¹Du 1er mars au 1er décembre, les cuirassiers doivent porter les moustaches et les couper pendant les trois autres mois de l’année. En outre, il est défendu de les cirer.
²Le cas échéant, relire Coco de Maupassant.
³Cf. Ordonnance du Roi, du 13 Mai 1818, portant règlement sur le service intérieur, la police et la discipline des troupes de cavalerie.

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