Mener une vie de bâton de chaise [mené yn vi de batô de Sèz]

Fig A. Chaise à porteurs et ses bâtons.

[mené yn vi de batô de Sèz] (gr. n. FIESTA.)
Il est dans la langue surannée quelques analogies qui laisseront pantois le béotien moderne mais feront le régal du praticien classique. Si l’on peut être choqué par les œufs en couille d’âne, si l’on peut hésiter à aller chez le merlan, s’il est toujours délicat de se faire empapaouter, il est déconcertant de mener une vie de bâton de chaise.

D’abord il faudra le trouver ce bâton en question. De quoi Diable parle-t-on ? Des pieds de ladite chaise ? Et s’ils sont bien de bois leur vie passée à supporter nos poids leur pèse-t-elle tellement qu’elle est cahin-caha ? Halte-là mon ami, ce ne sont pas de pieds de bois dont l’expression fait mention. Mener une vie de bâton de chaise nous rappelle qu’en époque surannée et lointaine (du XVIᵉ au XVIIIᵉ siècle) la personne de qualité se déplaçait en chaise à porteurs. C’est aussi simple que ça.

Là où le carrosse ne passait pas la chaise et ses bâtons se faufilaient. Et cela pouvait s’avérer bien utile lorsque par obligation¹ l’on devait se rendre dans quelque petite rue des bas-fonds de Paris pour y rejoindre une avenante courtisane ou des joueurs de tripot.

C’est donc des mœurs supposées dissolues des clients de la chaise à porteurs que nous échoit la vie de bâton de chaise. Trimbalé à droite à gauche, témoin silencieux des agapes luxurieuses des puissants encanaillés, le bâton de chaise est demeuré comme symbole de l’excès de plaisirs.

Est-ce pour répondre à ce long morceau de bois qui était son complice que l’arsouille bambocheur en rencontrait un autre plus court et moins avenant lorsqu’il rentrait chez lui ? Je veux parler ici du lourd et belliqueux rouleau à pâtisserie qui tança plus d’une fois le noceur oublieux de ses engagements vertueux comme le lui faisait vertement remarquer Madame tout en lui assénant de bons coups sur le crâne. Est-ce de là que nous vient un autre bâton, rompu cette fois, qui qualifie la discussion qui s’en suivra ? Et que dire alors de la langue de bois qui s’agitera pour noyer le poisson…

Fig. B. Hommes menant une vie de bâton de chaise (XVIIIe).

Fig. B. Hommes menant une vie de bâton de chaise (XVIIIᵉ).

Je signale pour finir l’existence du barreau de chaise, complément nécessaire pour correctement mener une vie de bâton de chaise. L’assise semble avoir quelques liens avec le stupre et la luxure, il faudra s’y pencher un jour; nous y reviendrons donc.

¹Je ne vois pas d’autre motif.

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