En loucedé [ɑ̃ lusde]

Fig. A. Un filou.

[ɑ̃ lusde] (loc. LOUCHB.)
La forme argotique n’est pas à coup sûr surannée. Il ne suffit pas de se carrer la cibiche dans le bec et de commander un Viandox ou un Picon bière pour l’être, ce serait trop facile. La surannéité ça se mérite mes bons aminches. L’argomuche est une voie royale certes mais une voie chaotique et piégeuse : vintage, mode, revival, faux-amis vous guettent au coin du bois tous prêts à vous renvoyer à vos chères études.

Vous le savez déjà, ce qui amène un mot en surannéité est le fruit d’un processus complexe. On peut néanmoins affirmer qu’en loucedé l’est. Suranné.

En loucedé cache derrière son ton rocailleux et sa gouaille de poulbot

En loucedé n’est ni à l’arrache, ni à la one again, ni à la 6-4-2

une véritable tendresse complice pour l’action à laquelle il s’acoquine. C’est normal, il nous vient de « en douce » qui nous dit bien toute la langueur et la délicatesse qui l’anime. Ce qui est fait en loucedé n’est pas fait à l’arrache (qui est violent), ni à la hussarde (qui est cavalier), ni à la one again (qui est américain), ni à la six-quatre-deux (qui est négligent), ni à la hâte (qui est trop rapide), non rien de tout ça. En loucedé est cotonneux et subtil, malin et doucereux, filou et discret.

Arsène Lupin s’introduit en loucedé dans votre salon pour y décrocher les Modigliani, l’âme sœur qui vous ravit est venue en loucedé dans votre vie et si elle vous ravage c’est qu’elle s’est fait la malle en loucedé là aussi, et si jeune homme tu rentres tard mieux vaut le faire en loucedé pour éviter la remontrance.

Fig. B. Mecs rentrant en loucedé chez eux au petit matin.

En loucedé est un art de vivre subrepticement, sans se faire remarquer d’autre manière que par sa discrétion, par ce désir d’être inutile¹. Pas si simple à une époque où c’est le fort en gueule qui a toujours raison.

En loucedé a donc laissé sa place dans l’ombre au coup bas, au vice, à la noirceur et au cynisme. De « en douce » on est passé au dur.

Et la tendresse ? Bordel !

¹Formule empruntée au superbe livre d’entretiens entre Dominique Petitfaux et Hugo Pratt dont je vous conseille modestement la lecture.

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