Petite annonce [pətit anɔ̃s]

Fig. A. Pet. ann. pr. tt. pub.

[pətit anɔ̃s] (gr. n. SOCIO.)
Quand on dit petite annonce on sous-entend surannée parce qu’on connait celles du Chasseur Français¹. Bien entendu bougon que vous êtes la petite annonce existe aussi en nos temps contemporains, mais elle n’a rien à voir mais alors rien du tout avec celle d’avant le monde numérique. Rien.

La petite annonce s’écrivait à lettre réfléchie car la lettre coûtait cher. À tous les sens : en matière grise et en Francs. Pour te donner une image ami d’aujourd’hui et de bien peu de foi c’est un peu comme si tu payais tes tweets au poids du mot, le poids dépendant de son nombre de lettres et non de sa portée évidemment. Dans ces cas là, crois-moi, la lettre tu la choisis, tu la soupèses, tu la repèses, tu la mesures, tu la tritures, tu la majuscules ou tu la minuscules, tu la pointes ou tu la virgules (non ce ne sont pas des smileys bougre d’âne), tu l’espaces ou tu la colles, en bref tu en prends soin. Ce n’est pas une lettre parmi vingt-six de l’alphabet, c’est LA lettre, celle qui va tout dire, tout traduire.

C’est ainsi que tu décides de te présenter comme un « b. jh. ac. 50 ha. » ce qui en sept lettres deux chiffres et quatre points te pose comme un séduisant parti et ne manque pas d’attirer la gueuse. Toujours pour te donner un repère moderne ça s’apparente à une photo de Georges Clooney dans Voici avec la citation interviouwée « Je suis célibataire et plein aux as ». Bon, je te sens un peu à la traîne alors je te traduits : b. jh. ac. 50 ha est la forme condensée de « beau jeune homme avec 50 hectares ». Oh mais ça ne faisait pas rire à l’époque, 50 hectares c’est 3 blockbusters au cinéma mondial mon ami. Et b. jh. c’est Georges Clooney.

Je continue : « b. jh. ac. 50 ha. ch. b. jf. pr. renc. + si aff. » cette fois c’est Georges qui est chaud comme la braise et qui te dit qu’il va te faire grimper aux rideaux. Un sacré lapin ce Georges.

Il va sans dire que certains coquins abusèrent du système et de la crédulité féminine, ce qui n’est heureusement plus de mise de nos jours. Le « b. » était tout relatif, le « j. » se discutait, le « h. » était toujours réel quant à lui. La mesure de « 50 » vérifiable au cadastre s’avérait souvent juste mais va savoir pourquoi, leur occupation par un troupeau de vaches ou de moutons a plus d’une fois fait fuir l’ingénue qui finalement n’était pas si partante que ça pour le « + si aff. ».

Au fil du temps, l’abus de petites annonces tronquées a peu à peu dépeuplé nos campagnes, aboutissant à la déprime générale du monde agricole, la crise laitière, la diffusion d’émissions télévisées du type « L’amour est dans le pré » et la disparition de l’art de la condensation du mot.

De nos jours c’est du direct : selfie et c’est parti. Étr. épo.

¹Depuis 1885 un demi million de lecteurs ont passé une petite annonce dans le Chasseur Français, si ça c’est pas du suranné !

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