Avoir été bercé trop près du mur [avwar été bèrsé tro prè dy myr]

Fig. A. Étude du crâne d’un enfant bercé trop près du mur. Institut de médecine.

[avwar été bèrsé tro prè dy myr] (loc. éduc. CON.)
Il n’avait aucune intention de nuire à l’enfance, ce bon Jean-Baptiste Weckerlin lorsqu’il composa en 1870 les couplets de Dodo, l’enfant do¹.

Dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bien vite, dodo, l’enfant do, l’enfant dormira bientôt, ne sont que de simples paroles destinées à accompagner le bercement protecteur d’une maman (ou d’un papa même si en 1870 le papa berce peu, mais ceci est une autre histoire) jusqu’à ce qu’une très chère et criarde tête blonde rejoigne les bras de Morphée.

Contrairement à la légende urbaine qui circule, le compositeur de chansons populaires n’est pour rien dans l’expression avoir été bercé trop près du mur, même si celle-ci apparaît dans le même temps que son Dodo pour se gausser des mal-comprenants.

La référence aux nombreux chocs traumatisants pour un cerveau en cours de réalisation comme constitutifs d’une tare précoce qui entraînera de malheureuses complications dans la compréhension tout au long de la vie, est à la fois le sous-entendu et le ressort tragi-comique d’avoir été bercé trop près du mur, locution dépréciative et désespérée que l’état regretté ne puisse jamais se modifier.

Un petit con deviendra un grand con sans que l’éducation familiale, nationale, la conscription ou tout autre appareil étatique de façonnage de l’esprit n’y puisse rien. Quiconque a été bercé trop près du mur au rythme de Dodo, l’enfant do est perdu pour la sagacité.

Notons qu’il l’aurait été tout autant si le bercement neuro-destructeur s’était effectué au son de Ah! vous dirai-je maman, d’Ainsi font, font, font, du Bon roi Dagobert, ou d’Une poule sur un mur, autres œuvres du sieur Weckerlin prolixe sur la rime enfantine. La chanson est bien mise hors de cause.

Suivant néanmoins le succès grandissant de la comptine dormitive, avoir été bercé trop près du mur deviendra l’expression préférée des Français pour rembarrer cornichons et balourds, crétins des Alpes et ducons-la-joie dans l’exercice de leur fonction.

Toujours affirmative, “toi tu as été bercé trop près du mur” excusera aussi la bêtise d’un interlocuteur en en faisant peser la charge sur des parents maladroits et patauds, signant une nouvelle fois toute la prévenance de la langue surannée.

L’œuvre radiophonique et écrite d’Edwige Antier, pédiatre médiatique de la fin des années surannées, apprendra patiemment aux parents des enfants modernes à prendre soin de leur descendance, répondant aux questions de milliers de géniteurs angoissés par bébé s’acharnant à faire rentrer une forme triangulaire dans le trou oval de son jeu d’éveil, ne sachant pas lire à six mois ou refusant de manger sa purée si ce n’est avec la fourchette du père Adam tout en imitant la moto.

Les conséquences seront évidemment tragiques pour avoir été bercé trop près du mur : l’expression disparaît en même temps que le dernier des abrutis.

¹Éditions Garnier Frères, Paris.

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