Envoyer chez Plumeau [ɑ̃vwaje ʃe plymo]

Fig. A. Homme en colère allant chez Plumeau.

[ɑ̃vwaje ʃe plymo] (expr. ARG.)
Peu importe qui il fut, car il fut et ceci est le plus important pour entrer en qualification surannée, barbier ou marchand de vêtements, mais ce Plumeau m’a tout l’air d’un sacré loustic pour être arrivé jusqu’à nous en sa qualité première de rabroueur en chef. Envoyer chez Plumeau fait une fois de plus partie du bréviaire grand-matriarcal familial que je trimballe en héritage (comme ses confrères saperlipopette, déménager à la cloche de bois, grainetier, etc.) ce qui explique par ailleurs ma maîtrise subtile et raisonnée du vocabulaire suranné¹.

Envoyer chez Plumeau n’est donc guère agréable car on s’y fait conduire avant tout pour voir si notre interlocuteur y est (« Va donc chez Plumeau« ), et il y est, et il n’est pas content. Chez Plumeau est en quelque sorte une officine de quartier qui détiendrait la quintessence de l’ire et du mécontentement, la réservant à ses clients sous de multiples formats et contenants : engueulade en vrac, tirage de tronche en paquet de douze, réprimande au litre, porte claquée artisanale, et la spécialité maison, le je-ne-peux-pas-me-passer-de-toi-mais-je-reste-cachée en gelée royale².

Quand on est passé chez Plumeau on en revient la tête basse et la queue entre les jambes, autre expression délicieusement surannée dont vous me rappellerez de vous entretenir un de ces jours quand nous en aurons le temps.

La rigueur scientifique de la démarche d’entrée en surannéité veut que l’on précise ici que Plumeau n’a rien à voir avec le plumeau, instrument de ménage ou de décoration de tenues de Blue bell Girls, et que ce faisant aller chez Plumeau n’a aucun lien de cause à effet avec le fameux « dans le cul la balayette » que nous évoquions récemment. Non, rien de rien vous dis-je.

Enfin, on notera la grande décence de l’expression qui s’éloigne avec force de nombreux synonymes et permet de conserver une vraie dignité au cœur de la colère, ce qui n’est jamais simple. Si vous avez tendance à virer au rouge vif, à suer et à gesticuler à la moindre anicroche, essayez d’envoyer chez Plumeau vous verrez ça décontracte. Et si c’est vous qu’on y envoie, avec un peu de chance on s’y croisera, mon caractère trop suranné m’y amenant plus souvent qu’il ne faut.

¹Si je ne me fais pas de compliment de temps en temps, qui m’en fera ?
²Recette anglaise.

  4 comments for “Envoyer chez Plumeau [ɑ̃vwaje ʃe plymo]

  1. Marie
    10 mars 2016 at 13:02

    « Chez Dache » était pas mal non plus dans le genre pour te laisser sur ta faim après avoir demandé innocemment : « Tu vas où ? ». Ou bien encore plus obscur quand à un autre genre de question naïve : « Je l’aurais quand le vélo neuf ? », la réponse tombait, laconique, absconse mais ferme : « A Dache ». Tu en sais plus sur ce Dache ?

  2. Marie
    10 mars 2016 at 13:50

    Tu constateras que j’avais aussi réagi sur Tataouine… Finalement, que de lieux restent encore à explorer avec beaucoup d’imagination !

    • Olivier Genevois
      10 mars 2016 at 13:52

      Le voyage ne s’arrête jamais.

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