Se déguiser en chou pour se faire brouter le cul par les lapins [se déɡizé â Su pur se fèr bruté le ky par lé lapê]

Fig. A. Lapin déguisé prêt à brouter.

[se déɡizé â Su pur se fèr bruté le ky par lé lapê] (loc. verb. F-C.)
L‘extrême pudeur qui nimbe les expressions surannées cache au profane la profonde inconsidération qui anime ses utilisateurs quand il s’agit pour eux de pourfendre les vilains.

On pourrait penser se déguiser en chou pour se faire brouter le cul par les lapins bâtie pour faire marrer les copains. Il n’en est rien. Derrière son légume à feuilles superhydrophobes et son animal lagomorphe à longues oreilles comme on dit dans la Royale, c’est une distance considérable qui s’installe avec l’hypocrite, le faux-cul à qui elle est destinée.

Se déguiser en chou pour se faire brouter le cul par les lapins désigne en effet l’attitude ambiguë du cauteleux qui dissimulera ses sombres desseins sous de plaisants atours (le chou étant en l’occurence particulièrement apprécié par le lapin).

C’est à sa dose de grossièreté qu’on mesure le degré de dédain qu’elle porte au judas de service : il est en effet convenu dans la culture paysanne en place dans les temps d’autrefois que le fait de se faire brouter le cul par des lapins est de la plus grande bassesse, et l’on peut sans trop se tromper affirmer que c’est toujours le cas de nos jours même si le garenne ne court plus les rues.

Lorsqu’untel est blâmé de se déguiser en chou pour se faire brouter le cul par les lapins c’en est fini de son honorabilité. C’est un patte-pelu, un faux jeton, un tartufe.

Notons ici que l’expression ne concerne nullement l’Homme à tête de chou¹, ainsi nommé pour sa plastique et non pour de coupables et fourbes travestissements de pensées.

Se déguiser en chou pour se faire brouter le cul par les lapins tombera en lente désuétude du fait de la disparition progressive desdits brouteurs dans l’environnement urbain moderne², et ce bien que le nombre de faux derches ne bouge pas d’un iota quant à lui. Ces derniers frétilleront d’autant plus du croupion qu’ils ne risqueront plus de se voir affublés d’une des plus belles expressions du langage suranné.

Des trémoussements qui donneront par ailleurs lieu à la réhabilitation du bal des faux-culs pourtant lui aussi désuet, mais ceci est une autre histoire.

¹L’Homme à tête de chou, Serge Gainsbourg, 1976.
²Les lapins du rond-point de la Porte Maillot, derniers représentants Parisiens de la race à gambader en liberté ayant été expulsés pour permettre des travaux de creusement du sous-sol.

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