La Coop [la kɔop]

Fig. A. La Coop. Allég.

[la kɔop] (dimin. MARQ. CIALE)
Ne cherchez pas une seule seconde à tergiverser : si vous êtes allé une fois, même une fois seulement, faire des courses à la Coop¹ vous êtes automatiquement en catégorie surannée (avec surclassement gold pour « lieu de distribution » ce qui n’est pas rien). L’idée des coopératives de consommation nous vient du XIXᵉ siècle, on est donc bien en zone surannée, pas de question on peut y aller : c’est parti mon kiki.

La Coop dont il est question aujourd’hui était tenue par un couple d’épiciers (nous les appellerons les Martin) qui portaient la blouse, Madame à la caisse, Monsieur dans la boutique. On trouvait du Sidi Brahim qui tache au rayon des vins et du lait de vache pondu du jour au rayon frais. Ça sentait l’odeur des cartons de produits livrés tôt le matin et la Javel parce que Madame tenait à la propreté de son commerce.

À la Coop nos parents avaient tous compte ouvert et nous y envoyait chercher le beurre oublié ou quatre œufs pour faire des crêpes. On disait « bonjour Mme Martin » et elle connaissait nos prénoms. Madame Martin maîtrisait sa caisse enregistreuse comme d’autres la BWV18 Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt² au piano et son époux qui possédait l’oreille absolue pouvait lui faire rectifier depuis l’autre extrémité du magasin un prix mal tapé sur les touches grises et arrondies à la seule écoute de la douce mélodie égrenant de son tactac mécanique le fruit de leur labeur.

Lui, avec sa machine à étiquettes, il collait des prix sur tout. Des petits autocollants blancs dans la monnaie d’alors (je précise pour les plus jeunes que l’euro n’existait pas, eh oui). Il avait en mémoire 2 483 références et était capable d’annoncer à voix haute en moins de deux secondes les Francs et les centimes de n’importe quel produit. Un talent. Il aurait gagné haut la main un concours international sur les prix du gruyère et des yaourts bulgares vendus par quatre; malheureusement ce concours n’a jamais vu le jour.

À la Coop il n’était pas question de musique, de tête de gondole, de panier moyen, de jours irrésistibles ou de carte de fidélité. C’était sans fioritures, un Félix Potin (autre suranné dont nous reparlerons un jour) sans la couleur et la réclame, un monde simple et efficace d’où sa disparition dans les années qui suivront, quand des prophètes de la consommation découvriront que la marge éhontée se travaille à l’esbroufe, au vent, au carton-pâte attrape-gogo et à la Miss locale sur podium-spécial-foire-à-la-choucroute-tout-doit-disparaître. À la Coop, même le logo était suranné avec ses tons orange so seventies. Tout y était co-hé-rent (aujourd’hui on dit « durable » ou « éthique », c’est mieux).

Evidemment la Coop a fermé. il y a une banque à la place. Vous vous en êtes rendu compte sans moi. M. et Mme Martin ont dû prendre leur retraite. Désormais je vais au marché bio ou au Monop’ ouvert jusqu’à 22h30. C’est pratique. Je n’ai pas de compte, ils ne font pas crédit. Alors pour les faire chier je ne prends pas la carte fidélité.

¹NB : pour mes lecteurs Suisses je crois savoir que Coop est toujours d’actualité par chez vous. Vous avez donc un potentiel suranné exceptionnel.
²Vous aviez évidemment en oreille cette célèbre cantate de Bach.

  7 comments for “La Coop [la kɔop]

  1. Philippe
    26 février 2016 at 09:52

    Précisons quand même qu’en Alsace, la Coop se prononçait Copé. Comme Jean-François.

  2. Olivier Genevois
    26 février 2016 at 10:38

    Le pain au chocolat était à combien ?

  3. Philippe
    26 février 2016 at 11:10

    je te rappelle que je suis un vieux con suranné, et que donc mes expéditions alsaciennes sont trop anciennes pour que je m’en souvienne (j’fais des rimes, tavu ?) 1 franc ?

  4. Marie
    26 février 2016 at 12:19

    Et M. Martin n’était pas toujours tendre et souriant avec les mômes que nous étions, nous guettant au détour d’une talanquère pour voir si nous n’avions pas eu la malencontreuse idée de charger un Malabar, un Coco Bauer ou un Zan à 10 centimes !

  5. Olivier Genevois
    26 février 2016 at 14:21

    Tu m’étonnes ! Il nous fichait la trouille le père Martin.

  6. Pascal
    4 décembre 2018 at 18:50

    Nous, c’était le couple Luboz, à qui on larcinait des bonbons car pour couper le fromage, la mère Luboz devait passer derrière une pile d’article devant laquelle était le panier à bonbecs.
    Plus tard, quand on a déménagé, on allait chez les Curioz. Un jour, elle nous a choppé avec mon frère quand on enfilait dans nos poches du liquide pour faire les bulles alors qu’elle était sortie pour nous prendre la salade qu’elle entreposait dans le local à côté.
    Les parents n’ont pas apprécié.

Laisser un commentaire