Les pièces qui tintent dans la poche [le pjɛs ki tɛ̃t dɑ̃ la pɔʃ]

Fig. A. Edward Hopper, The Serious Man in hat and cloak with coins in his pocket. MOMA.

[le pjɛs ki tɛ̃t dɑ̃ la pɔʃ] (gr. n. PERSO.)
Non seulement les pièces qui tintent dans la poche c’est suranné mais en plus c’est super classe. Enfin, disons que moi j’ai toujours trouvé cela super classe. Je m’explique, vous permettez ?

Les pièces qui tintent dans la poche sont celles qui se trouvent en possession des adultes alors que je ne suis qu’un gamin et que la moindre piécette de 10 centimes (pour les djeuns je vous cause en Francs soit un peu moins de 2 centimes d’Euro) représente l’équivalent d’un Malabar ou d’un réglisse en rouleau à la boulange’. Mon Graal à moi.

Les entendre tintinnabuler négligemment dans une poche de pantalon en Tergal¹ me rempli d’une admiration sans pareil pour le porteur du dit pantalon : ce doit être un puissant, un seigneur de cette terre, car il a dans les poches de quoi se payer l’équivalent d’une bonne dizaine de bonbecs dont le montant représente a minima des mois d’économie d’argent de poche. Et si ce puissant c’est mon père, croyez bien que je vais me tenir à carreau en priant pour recevoir l’aumône d’une de ces jolies pièces qui tintent dans la poche en récompense de ma conduite exemplaire. L’obole se traduira sur le champ en réglisse, vous l’aviez compris.

Mais pour l’instant les pièces tintent dans la poche au rythme de la marche nonchalante du possédant. Vous avez remarqué combien le pas du maître d’un monde est lent et magistral ? Il n’y a jamais d’empressement pour celui qui maîtrise (et qui a des pièces qui tintent dans la poche). Je me tiens à ses côtés avec ébahissement. De temps en temps la main plonge dans la poche et semble soupeser le montant global de la fortune qui s’y trouve d’un savant jeu de doigts, un peu à la façon d’un pianiste virtuose. Le Tergal frissonne et émet ce léger feulement dû à l’électricité statique qu’il génère. J’ai été sage, la main a sorti quelques pièces qui tintaient dans la poche, elle les a triées dans la paume de son alter ego puis m’a tendu deux petits disques jaunâtres marqués d’une Marianne hiératique. Alléluia !

Les pièces qui tintent dans la poche sont désormais recluses avec les souvenirs surannés. Le Tergal est devenu ringard. Je n’ai jamais la moindre monnaie dans les poches. Je mange toujours de la réglisse. Vous savez les rouleaux noirs qu’on déroule ou qu’on gobe d’un coup d’un seul selon l’envie.

¹On est dans les années 70 et le Tergal c’est classe, oui !

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