Faire de la perruque [fèr de la péryk]

Fig. A. Fiers Gaulois refusant qu’on touche à leurs cheveux.

[fèr de la péryk] (loc. chevel. CAPILL.)
Depuis nos ancêtres les Gaulois dont les tresses faisaient la force, la question capillaire obnubile chaque acteur de la comédie humaine quotidienne : punk travaillant sa crête au sucre, militaire bien dégagé derrière les oreilles, footballeur à mulet tressautant, skin belliqueux au crâne rasé, minet à la mèche dégradée, et moult autres formes de revendication ou d’appartenance à un groupe.

Ici bas, la coiffure fait l’homme.

Il n’est donc point étonnant que pour décrire ce que l’homme fait, le langage ait puisé dans les palabres et instruments du merlan. Une sorte d’hommage à rebours en quelque sorte…

Faire de la perruque a bel et bien un rapport au travail et il faudrait du toupet pour nier que l’expression ne nous a pas été léguée par l’art subtil de l’arrangement des productions tégumentaires. C’est l’aspect camouflant de la moumoute qui a avant tout guidé l’expression car faire de la perruque c’est bel et bien travailler, mais c’est le faire en loucedé, pour son compte mais avec les outils du grand capital pour lequel on travaille.

Un côté revanchard anime faire de la perruque : un certain talent refusé par l’organisation du travail se met à narguer l’embaucheur, berné par l’ouvrier qui bossera pour sa pomme.

Faire de la perruque est bien entendu considéré comme hautement subversif par toute économie productiviste et le coiffeur amateur qui aura osé ralentir la cadence sera châtié sur le champ : c’est un bandit, un malfaiteur et il sera tondu comme membre du gang des postiches.

La chevelure longue comme symbole triomphant s’étiole après les dernières vocalises des frères Gibb et le succès de Too much heaven, en 1979. Les années qui suivront seront celle du triomphe de la coupe en brosse voire de la calvitie, autant dire de la fin du cheveu travaillé.

De faire de la perruque il n’est plus guère question dans cette époque moderne, un comble dans un pays où le roi Louis XIV comptait plus de quarante perruquiers, où les femmes portaient la fontange ou la tête de mouton et où le XVIIIᵉ vit des choucroutes de quatre-vingt centimètres orner la tête des courtisanes !

Le productivisme et sa rentabilité horaire contrôlée ont triomphé : faire de la perruque est devenu suranné.

Laisser un commentaire