Catégorie : Élégances

Manger avec la fourchette du père Adam [mâZé avèk la furSèt dy pèr adâ]

Manger avec la fourchette du père Adam

Fig. A. Adam et Eve déjeunant devant l’arbre, Albrecht Durer, 1504.

[mâZé avèk la furSèt dy pèr adâ] (loc. verb. SAV. VIV.)
En résumé, dans le jardin d’Éden il était convenable de se promener à poil, habituel de discuter avec les animaux et tout à fait correct de manger avec les doigts.

Les menus dérèglements qui suivirent un malheureux conflit de voisinage et une histoire de pomme qu’il ne fallait pas cueillir parce qu’elle appartenait à un grincheux voisin contraignirent l’humain à l’invention du caleçon, de la chasse et de la fourchette.

S’habiller au décrochez-moi ça [sabijé o dékròSé-mwa sa]

Fig. A. Chaussures non lacées et ourlet inexistant pour un habillage au décrochez-moi ça réussi.

[sabijé o dékròSé-mwa sa] (loc. verb. MODE.)
Si la mercatique moderne et ses voies subtiles impénétrables au commun des mortels consommateurs permettent désormais l’achat au prix fort de Jeans déchirés comme après une gamelle en vélo ou de pulls si étrangement tricotés qu’on pourrait imaginer la machine à tricoter SINGER type 2200 double fonture encore en service, il nous faut rappeler qu’il n’en a pas toujours été ainsi et que la langue a parfois tenu à mettre une certaine distance avec le négligé vestimentaire.

Pet-en-l’air [peãlèr]

Pet-en-l'air

Fig. P. Crepitus, dieu des flatulences de la Rome antique.

[peãlèr] (n. com. VEST.)
Prag-ma-tique. Et poétique !

La langue surannée possède ces deux cordes à son arc. Pragmatique car de ses mots tenus en trait d’union accumulant adverbe, préposition, pronom et pourquoi pas nom commun ou nom propre, surgit une compréhension immédiate et limpide.

Être dans ses petits souliers [ètre dâ sé peti suljé]

Être dans ses petits souliers

Fig. A. Cendrillon dans ses petits souliers de vair. Illustr. Gustave Doré.

[ètre dâ sé peti suljé] (loc. verb. CENDR.)
Rigidité de la semelle et découverte de la cheville caractérisent le soulier chaussant le pied.

Se trouvant crottés, vernis ou de vair (cette fourrure d’écureuil gris qui permit à Cendrillon de se faire remarquer par le Prince¹, vous connaissez la suite…), les souliers doivent comme toute basket, tong ou escarpin, respecter la pointure du chaussé, exprimée en point de Paris².

Au Chic Parisien [o Sik parizjê]

Fig. A. Parisiennes atrabilaires.

[o Sik parizjê] (n. com. MOD.)
Le système jacobin s’appliquant naturellement à tous les pans fondamentaux de l’organisation de ce pays d’en France, il est bien évident que l’habit devait lui aussi s’en parer. Pourquoi la mode échapperait-elle au centralisme démocratique ?

Fine [fin]

Fig. A. “Jeannot tu nous mettras deux fines Champagne”.

[fin] (adj. & n. BOISS.)
La finesse étant l’une des qualités principales de la langue surannée, il est plus que logique qu’elle ait laissé une place particulière à son adjectif en le faisant nom, et quel nom ! Lisez ici le destin fabuleux de fine devenue une fine.

Chasser la caille coiffée [Sasé la kaj kwafé]

Fig. A. Joli spécimen de caille coiffée. Collec. Buffon.

[Sasé la kaj kwafé] (loc. verb. CHASS.)
Georges-Louis Leclerc de Buffon, Buffon tout court pour la postérité, naturaliste de renom et homme des Lumières par excellence le soulignait déjà : la caille est chaude. Plus chaude que les autres emplumés, ce qui contribuera d’ailleurs à générer l’expression chaude comme une caille, voisine de celle qui nous occupe en ces lignes.

Tailler un costard [tajé ê kòstar]

Tailler un costard

Fig. A. Tailleur de costard à l’ouvrage. Gravure XVIIᵉ.

[tajé ê kòstar] (gr. verb. TAILL.)
Qu’on ne se méprenne pas sur des temps passés qu’une certaine nostalgie malvenue ferait passer pour merveilleux : les années surannées regorgeaient elles aussi de ragots et médisances colportés par d’amères mégères.