Catégorie : Langues

Donner des noms d’oiseaux [dòné dé nô dwazo]

Fig. A. Phalarope à bec étroit.

[dòné dé nô dwazo] (loc. verb. CUI.)
Il est probable que dès l’établissement de la première forme de vocabulaire et de syntaxe, l’être humain s’est mis de côté quelques phonèmes dont l’objectif était de tancer ou humilier celui à qui ils étaient adressés.

Être de la pipe [ètre de la pip]

Fig. A. “Une petite pipe et au lit”.

[ètre de la pip] (loc. verb. MENT.)
Cassée quand c’est la fin, par tête quand il faut casquer, taillée (libidineuse qu’elle est), au nom d’elle même quand il s’agit de s’exclamer, débourrée aux toilettes… La pipe est présente dans tant d’expression surannées qu’elle demande à être précisément analysée dans chacun de ces cas pour s’avérer intelligible.

Connaître le journal [kònètre le Zurnal]

Connaître le journal

Fig. A. Infos du Monde, l’un des rares journaux à dire la vérité.

[kònètre le Zurnal] (loc. argot. BOURGE.)
La modernité novlangagière coincée, communément présente dans les Power Point® start-upiens et les discours en tribune des diverses autorités républicaines, tend à faire oublier que les mots surannés se sont autant épanouis sur les fortifs que dans les beaux quartiers.

Les garçons bouchers de la Villette ou les maquereaux de Pigalle n’ont pas été les seuls à jacter façon codée afin que les murs (qui ont des oreilles) et la maréchaussée n’entravent que pouic : le bourgeois propre sur lui n’a jamais été en reste.

RAS dans le talweg [èr a ès dâ le talwèɡ]

Fig. A. RAS dans le talweg mon adjudant.

[èr a ès dâ le talwèɡ] (loc. milit. COOL.)
La Grande Muette ne l’est pas tant que cela pour qui sait écouter ses adjudants-chefs détenteurs des expressions orales qui ont fait vibrer les tympans de générations de conscrits perplexes.

Porter la Sorbonne à Charlot [pòrté la sòrbòn a Sarlo]

Porter la Sorbonne à Charlot

Fig. A. Louison, Louisette, Mirabelle, la veuve, l’abbaye de monte-à-regret.

[pòrté la sòrbòn a Sarlo] (loc. judic. EXÉC.)
Dans un pays d’intellectuels comme la France, c’est à la tête qu’on s’attaque quand on veut sanctionner. En la tapotant pour une petite bêtise, en tirant ses oreilles pour une insolence, en cognant très fort dessus en cas de manifestation sur la voie publique, en la coupant quand il n’y a vraiment rien d’autre à faire.

Ne pas y avoir de lézard [nə pa i avwaʁ də lezaʁ]

Ne pas y avoir de lézard

Fig. A. Iguane sans problème.

[nə pa i avwaʁ də lezaʁ] (loc. animal. MUSIQ.)
Descendant direct des dragons mythologiques, le lézard indique par sa présence ou absence qu’une situation est sous contrôle ou non. C’est étrange, certes, mais c’est ainsi dans le langage suranné.

Changer l’eau des olives [ʃɑ̃ʒe lo dez- ɔliv]

Changer l'eau des olives

Fig. A. “Je vais changer l’eau des olives, René tu nous remets la p’tite sœur pendant ce temps ?”.

[ʃɑ̃ʒe lo dez- ɔliv] (loc. urin. OLIV.)
En 1545, Charles Estienne, médecin, écrivain et imprimeur de son état, publie le fameux De Dissectione partium corporis humani, qui nous autorise à penser qu’au XVIᵉ siècle on est en mesure de savoir que l’urine est contenue dans la vessie avant de rejoindre le caniveau.

Baiser le babouin [beze lə babwɛ̃]

Baiser le babouin

Fig. A. Cynocephalus Hamadryas.

[beze lə babwɛ̃] (loc. sex. HUMIL.)
Toute libidineuse qu’elle soit parfois, la langue surannée n’encourage aucunement les comportements déplacés avec les animaux.

Coûter bonbon [kute bɔ̃bɔ̃]

Coûter bonbon

Fig. A. Un bonbon = une peau de zibeline.

[kute bɔ̃bɔ̃] (loc. verb. CONFIS.)
C‘est l’une des plus vieilles expressions surannées.

Pour aider le lecteur à la situer dans les temps improbables où elle est née, signalons qu’elle est liée à l’économie de troc, quand un marcassin valait une fourrure de zibeline, quand une gravure sur la roche s’échangeait contre de la racine de manioc (si l’auroch était bien dessiné).