Catégorie : Langues

Ne pas être piqué des hannetons [ne pa ètre piké dé antô]

Fig. Z. Hanneton piqueur.

[ne pa ètre piké dé antô] (exp. INSECT.)
La langue surannée n’aime rien tant que chercher la petite bête. Celle qui monte qui monte qui monte et qui fait guili-guili, celle qui grattouille, celle qui chatouille. Dans cet exercice qui consiste à magnifier l’insidieusement petit, le négligeable, le détail (n’oubliez jamais que le Diable s’y cache), elle excelle comme nulle autre novlangue ultra-moderne à base de barbarismes pseudo-scientifiques ne saura jamais le proposer.

Plier les gaules [plijé lé ɡol]

Fig. A. Tariquet.

[plijé lé ɡol] (loc. PÊCH.)
Parfois il faut partir. C’est comme ça, tu le sens, c’est le moment. C’est un besoin irrépressible, partir, partir quand même quoi qu’il en coûte, partir loin ou partir pour toujours mais s’en aller. Et d’autres fois il est simplement l’heure de partir parce que le bistrot va fermer ou qu’il fait un peu froid, parce que le soleil descend et que tu ne veux pas rouler de nuit, parce que le chien s’agite et voudrait bien marcher.

Coquecigrue [kɔksiɡʁy]

Fig. A. L’un des rares portraits de coquecigrue. Collec. privée.

[kɔksiɡʁy] (n. imag. ANIM.)
Le bon sens populaire suranné voulait que le racontar de coquecigrue soit un bien vilain garnement avec toutes ses menteries. Il énervait le drôle, gavé de ses illusions qu’il cherchait tant à partager en les contant comme s’il les vivait.

Mais en dehors du royaume de Picrochole il n’y avait pas vraiment de place pour la coquecigrue. Pas de ça chez nous, méchant ! Du balai, ouste !

Partir en capilotade [paʁtiʁ ɑ̃ kapilɔtad]

Partir en capilotade

Fig. A. La capilotade. Musée Sainte-Anne.

[paʁtiʁ ɑ̃ kapilɔtad] (exp. cons. CUIS. FOL.)
Celui-ci vous n’avez pas dû l’entendre depuis des lustres au bas mot, et encore.

Partir en capilotade est devenu suranné suite à l’apparition de la cacahuète et de la vrille qui lui ont piqué sa place en fin de phrase. Oui, la cacahuète a tué la capilotade c’est ainsi. Cruel destin n’est-il pas ?

Déménager à la cloche de bois [demenaʒe a la klɔʃ də bwa ]

Déménager à la cloche de bois

Fig. P. Déménageurs.

[demenaʒe a la klɔʃ də bwa ] (métaph. XIXᵉ s.)
Ma grand-mère avait un langage imagé et était surannée, à moins que ce ne soit l’inverse. Je l’ai souvent entendue dire d’aucun qu’il avait déménagé à la cloche de bois. Cette expression recelait un monde de questions qui me taraudaient pendant des jours et je n’osais faire part de mes multiples incompréhensions sentant bien au ton utilisé qu’ourdissait quelque étrange destin derrière cette bien curieuse métaphore. Admettez qu’il y a du cocasse dans cette image enchaînant deux propositions qui n’ont a priori pas à frayer ensemble.

Faire la rue Michel [fɛʁ la ʁy miʃɛl]

ça fait la rue Michel

Fig. M. Le boulevard Saint-Michel n’est pas la rue Michel. Paris.

[fɛʁ la ʁy miʃɛl] (exp. FAM.)
Il est des expression surannées qui fleurent bon le Pantruche du XIXᵉ siècle, l’atmosphère confinée du fiacre, le bec de gaz et la canne-épée prête à pourfendre le vilain, et qui de fait sont surannées. Ainsi en va-t-il de faire la rue Michel. Cet ancien chemin de ronde de l’enceinte parisienne, sis dans l’actuel Marais (métro Rambuteau et Arts et Métiers pour les tatillons), pris le nom de rue Michel-le-Comte vers 1270, selon toute vraisemblance en hommage à un noble quelconque. Rien de bien notable donc¹. Et pourtant, ce fut un boulevard vers le doux suranné…

Est-ce pour cause de confusion entre le Comte et le compte que faire la rue Michel fut affublée quelques siècles plus tard du sens qu’on lui connait désormais, celui d’une dette apurée ou plus largement d’une bonne convenance ? Deux homophones et une mésentente orthographique à l’origine d’une truculente surannéité ? Pourquoi pas après tout, il en faut parfois moins.

Placée fort à propos, faire la rue Michel apportera une touche gavrochienne en conclusion d’un discours de négociation bien menée au contenu policé. Une légère note dite “des boulevards” que je vous conseille afin de mâtiner votre acceptation d’une connivence de bon aloi, d’une complicité de comptoir, d’une subtilité rimbaldienne qui vous catégorisera en poète des faubourgs. Un coté bad boy qui saura plaire en toutes circonstances, surtout aux femmes, croyez-moi sur parole.

Attention toutefois à ne pas abuser : ça fait la rue Michel ne s’emploie pas en signature d’un contrat de travail (on se contentera de la traditionnelle mention “lu et approuvé”), d’une demande en mariage (un simple oui ému suffira à la postérité) ou d’un traité de paix international (toujours empreint d’une certaine solennité, je n’y puis rien). Sachez rester digne et raisonnable, et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : tout ne peut pas faire la rue Michel que diantre !

¹Noble/notable(+négation), c’est bon ? Tu l’as ?

Mener les poules pisser [məne le pul pise]

Fig. 1. Différentes poules pouvant accompagner pisser. Musée du bonheur dans le pré.

[məne le pul pise] (expr. FAM.)
Cette expression que je tiens de mes ancêtres aux propos imagés est l’une de mes surannées préférées. L’entendre me met à chaque fois dans une joie hilare et me procure le plus vif intérêt ethnologique pour la personne dont elle décrit présentement l’action. Elle est malheureusement peu usitée, même au sein des cercles les plus surannés.

Tout l’toutim [tu l_tutim_]

Fig. A. Capiche ?

[tu l_tutim_] (subst. masc., ARG. POP.)
Même si tu jactes pas l’argomuche, j’espère qu’t’entraves un chouïa c’qui s’raconte icigo. Sinon tu t’esbignes fissa parce que ça va chauffer pour tes miches. Ça va être avoinée et tout l’toutim. Capiche ?