Marie-salope [maʁjəsalɔp]

Fig. A. Marie-salope du port d’Amsterdam, là où les marins boivent
et reboivent, et reboivent encore.

[maʁjəsalɔp] (n. f. MAR.)
Le jour où je le découvris celui-là, j’en fis des gorges chaudes. Il faut dire qu’à sept ans, obtenir l’onction adulte et qui plus est professorale de manier un marie-salope jusqu’en table de repas dominical fut un plaisir exquis. Aussi, dès que j’eus saisi la subtilité nominale et le titanesque potentiel de la désignation surannée de ce simple rafiot en usai-je à satiété.

Anamour [anamuʁ]

[anamuʁ] (n. m.s. f.pl. NÉO)

Anamour, l’un des plus beaux néologismes de la chanson française, tomba rapidement en surannéité et c’est tant mieux (ça lui permit ainsi de se conserver en l’état). Né en 1969, l’anamour nous vient des limbes embrumées et géniales de Gainsbourg, amoureux des mots qu’il adorait prendre dans tous les sens et que les dessous pleins de sous-entendus excitaient au plus haut point (les dessous des mots, espèce de coquins).

mots-surannes-anamour

Fig. A. Ange de l’anamour. Collec. privée.

Une fois de plus c’est la subtilité d’un léger « a » que l’on dit privatif¹ qui nous délivre avec une force sans pareil ce très joli morceau d’anti-matière; ô langue française, tu m’étonneras toujours ! L’anamour devient un sentiment dont la puissance esquinte mais qu’il faudra porter. L’anamour rime avec jamais, plus qu’il ne s’accorde avec toujours, c’est un tueur de rimes, un piège pour le poète. Il garde aussi la même subtilité du jeu de genres que son complice plus connu en se faisant masculin singulier et féminin pluriel. Un délice (tiens un autre qui se joue aussi du genre).

Si j’osais je tenterais même une petite définition de l’anamour mais je ne souhaite pas empiéter sur les compétences officielles de mes compères immortels ou de leurs homologues de chez Robert (le dico, pas le bistro). J’en appelle tout de même à leur sens des responsabilités et les enjoins ici d’inclure cet anamour dans leur prochain bréviaire au lieu de céder au générationisme Z en nous collant du LOL ou du largement dépassé MDR.

Merci.

¹Je passe sous silence ce « n » qui n’est là que pour éviter l’apocope.

🎼🎶Aucun Boeing sur mon transit
Aucun bateau sur mon transat
Je cherche en vain la porte exacte
Je cherche en vain le mot exit🎶

Je chante pour les transistors
Ce récit de l’étrange histoire
De tes anamours transitoires
De Belle au Bois Dormant qui dort🎶🎶

Barbon [baʁbɔ̃]

Fig. A. Vieux beau à gueule de métèque.

[baʁbɔ̃] (n. m. FAM. PÉJ.)
Lbarbon on peut le faire ou on peut l’être. L’un est plutôt pathétique, l’autre est plutôt sympathique. Si l’être semble quelque peu inéluctable, encore qu’on puisse professer à grand voix que n’est barbon que celui qui le mérite, le faire relève de l’abandon. Voilà un bien étrange suranné qui selon l’âge de celui qu’il qualifie prend un sens ou un autre. Le cas est rare c’est pourquoi nous nous y attardons par ici.

Gougnafier [ɡuɲafje]

Fig. A. Sombre gougnafier. Archives perso.

[ɡuɲafje] (n. m. FAM. COM.)
La surannéisation de gougnafier pose un réel problème d’éthique sémantique. Que le terme nous provienne d’un petit XIXᵉ (siècle, pas arrondissement) ne fait pratiquement aucun doute et suffit en soit à l’accueillir en surannéité. Non, le problème ne vient pas de là. Qu’il ne soit plus usité à de rares exceptions rédactionnelles près qui constituent elles-mêmes l’expression de ce caractère suranné ne pose pas plus question. Non vraiment rien de cela. Le problème véritable est que pour tout autant disparu qu’il soit, le gougnafier n’a pas disparu. Eh oui, c’est ce qu’on appelle « le paradoxe tempo-transactionnel du suranné contemporain », une notion technique que nous autres experts utilisons et que je vous expliquerai plus tard¹.

L’Almanach Vermot [lalmana vɛʁmo]

Fig. A. Jean qui rit fait du riz, Jean qui pleure fait du beurre.

Fig. A. Jean qui rit fait du riz, Jean qui pleure fait du beurre.

[lalmana vɛʁmo] (marq. dep. CULT.)
Le dernier que j’ai pu consulter trônait sur la table de nuit de mon arrière-grand-mère¹, sa couverture rouge scintillant tel le phare d’une culture du quotidien emplie de bon sens populaire. Quand je montais lui dire bonsoir j’avais le double privilège d’un petit bonbon à l’anis de Flavigny et de la lecture de la page du lendemain. Toi qui est suranné tu l’auras reconnu cet Almanach Vermot. C’est donc ainsi que je construisis mon fonds de commerce en calembours et pensées de Sacha Guitry qui me vaut encore l’admiration ricardisée de l’autochtone au zinc du Balto lorsque je me dois de visiter en été quelque vieil oncle provençal amateur de pétanque sur la place du village. En quelque sorte l’Almanach Vermot m’a fait. Et me permet de briller. Enfin… pas toujours.

J’ai en effet pu noter une très nette diminution de l’intérêt pour la pensée qu’il professait auprès des générations surdiplômées élevées à coups de sentences prétentieuses très éloignées des préoccupations de nos campagnes. Plus avant même, je suis en mesure de vous révéler ici que la donzelle est peu portée sur la philosophie de l’Almanach Vermot. N’espérez pas ébahir avec :

Mes compliments, mon cher, on me dit que tu te maries dans huit jours. – – Non, dans deux mois, j’ai obtenu un sursis.

et oubliez toute velléité d’échange de fluide corporel si vous vous esclaffez sur :

Un paysan ramasse des champignons dans un bois. Le vétérinaire du pays s’approche et reconnaît qu’ils sont vénéneux. – Malheureux ! Vous allez vous empoisonner ! – – Ne craignez rien Monsieur, c’est pas pour les manger, c’est pour les vendre.

« L’Almanach m’a tuer » pourrais-je écrire en lettres de sang sur la porte de ma prison.

J’ai donc entrepris une très sévère cure de désintox puis de remise à niveau. Je vous préviens, le programme est ardu : autodafé de l’Almanach Vermot pour débuter, fin de l’utilisation des services de taxi pour éviter tout contact avec les Grosses Têtes, interdiction formelle de consommer des papillotes. Tout juste ai-je droit de temps à autre à quelques pages de San Antonio. Mais je m’en sors. Il m’arrive désormais d’admettre qu’une femme peut réaliser un créneau en moins de cinq tentatives et j’ai tout oublié du proverbe sur la lune et la rhubarbe. Il n’y a que mon arrière-grand-mère et les bonbons de Flavigny qui continuent à me manquer. Et pour me souvenir de la date du jour j’ai un iPhone.

 

¹Authentique. Vous savez que je n’ai pas l’habitude de raconter des cracs.

Interlope [ɛ̃tɛʁlɔp]

Fig. A. Ça c'est Paris !!!

Fig. A. Ça c’est Pariiiis !!!

[ɛ̃tɛʁlɔp] (subs. masc. SURR.)

Interlope est tout autant savant que suranné. Goûtu en bouche, imposant en exposé, aux franges du pédant en mondanités (mais c’est bien là la moindre des choses en de telles circonstances), interlope se manie avec délice pour qui en maîtrise la subtilité. C’est qu’il en a de l’historique plein les bottes notre interlope et qu’il cache de sacrés secrets. Aussi l’aborderons-nous ici avec la rigueur morale qui nous caractérise¹ et selon les protocoles scientifiques éprouvés de la linguistique en surannéité.

Interlope. Il est libidineux pour qui le conjugue au milieu, charriant un parfum de stupre et de luxure. Refusant le genre et sa détermination, il se pare d’ambiguïté et titille quelques tabous sis rue Sarasate ou ailleurs dans le Paris by night. Je vois des yeux qui brillent, attention cet interlope est pour le moins fripon.

Il est plutôt roublard s’il s’envisage comme un genre de commerce, clandestin si on veut bien jouer, et suspect aux bonnes âmes dans tous les cas possibles. Derrière sa structure soutenue interlope cache de belles équivoques. Interlope est fait pour les esthètes et les mauvais garçons, les filles de joie et les artistes, les voleurs, les brigands, ceux de la nuit et des petits matins blêmes. Ne vous en approchez pas trop vous y risqueriez votre vertu. Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez prévenus.

Et si pour un dernier frisson l’envie vous prenait de traîner du côté de Pigalle vous n’y trouveriez désormais que de l’interlope de carton pâte; je vous l’ai dit : suranné, disparu.

 

¹Toi que j’ai vu sourire, tu sors