Cabotin [kabɔtɛ̃]

[kabɔtɛ̃] (n. m. REBEL.)
Même si le terme outrageusement suranné tend à péjorer celui à qui il s’adresse, j’ai une certaine tendresse pour ce cabotin là. Bien entendu que le cabotin joue, surjoue même, mais il demeure subtil car il offre à son public ce qu’il attend de lui. Un jeu de dupe en quelque sorte qui fait de lui tout autant l’auteur, l’acteur, que la victime de la farce. Alors le cabotin est excusé, tout éreintant qu’il soit. Le cabotin est tendre, comme un cabot grognant qui ne saurait vous mordre et qui n’attend qu’un signe pour vous faire la fête. L’époque qui a oublié la nuance et la subtilité a bien du mal à reconnaître le cabotin; cela demande du temps et de l’esprit et nous n’avons plus guère ni l’un ni l’autre.

Lutiner [lytine]

Lutiner est avant tout délicieux. Il regorge d’esprit fripon, d’espièglerie et de galanterie, même si l’âme animale n’est jamais très loin (il faut bien que le corps exulte comme disait le grand Jacques). Lutiner a aussi une fugacité, une légèreté voire une désinvolture qui frise l’insouciance. Lutiner appelle au regard, au toucher, au parfum et pourquoi pas au goût ! C’est le plus sensoriel et le plus sensuel des verbes de la séduction. C’est aussi pour ça qu’il est tant suranné. Je l’aime bien ce lutiner.

Un petit cordial [ɛ̃ pəti kɔʁdjal]

Fig. A. Fred-Zizi, le petit cordial.

[ɛ̃ pəti kɔʁdjal] (gr. n. BOISS.)
Bien-pensance aidant, le petit cordial ne s’offre plus. Peut-être sent-il trop la Gauloise ou la Gitane maïs, le zinc et la convivialité à papa. Mais force est de constater qu’il n’est plus guère cité en ouverture d’agapes amicales impromptues. « Jeannot, mets-nous un p’tit cordial«  reste cantonné à Un singe en hiver, ce qui est éminemment sympathique et terriblement suranné. Je ne reprocherai pas ici à une époque de vouloir repousser la consommation de ses drogues légales, loin de moi cette idée. Je lui ferai juste remarquer que le petit cordial aurait pu conserver toutes ses qualités en se parant des vertus de la modernité.

Socquettes [sɔkɛt]

[sɔkɛt] (n. fém. CHAUS.)
Socquette est au vestiaire l’une des marques les plus chargées en suranné (je parlerai un autre jour des bas et de la voilette). Car la socquette nous vient de la Communale ou de l’école buissonnière c’est selon, mais en tout cas d’une époque où la guerre des boutons faisait rage, et où, va savoir pourquoi, la gambette avait lieu de paraître alors que la cheville devait rester cachée. Notons au passage que cette mode aujourd’hui singulière demeure d’actualité au pays du Soleil Levant où la socquette habille les écolières en jupe plissée. La socquette c’est le tableau noir et la craie, l’éponge de feutrine poussiéreuse, l’encre et les dix sur dix. La socquette c’est un mot qui claque à l’énoncé, aussi sévère que l’attitude professorale un jour de thème ou de version.

Socquette c’est aussi le paradoxe d’un mot tendre, car pour toute blanche immaculée qu’elle soit, la socquette peut activer un imaginaire Lolitesque sulfureux. Mais là on quitte le suranné. Si socquette a rejoint la galerie surannée, elle n’a pour autant pas disparu, se mutant en sportive branchée (sa grande sœur chaussette de tennis irradiant le ringard), en sans couture confortable pour androgyne en jean, en invisible aux vertus désodorantes; eh oui on est loin du glamour. Heureusement en acquérant ces fonctions terriblement modernes elle a changé de nom. La socquette appartient au passé.

 

Gourgandine [ɡuʁɡɑ̃din]

Fig. A. De la sensualité. Musée de l'érotisme.

Fig. A. De la sensualité. Musée de l’érotisme.

[ɡuʁɡɑ̃din] (n. fém. COQUI.)

Gourgandine est un univers mielleux et libidineux à souhait à lui seul. Ce mot délicieux porte en trois syllabes bien léchées un parfum d’alcôve et d’encens, un je-ne-sais-quoi de rideaux théâtraux et de soie sensuelle. La gourgandine ne se croise plus de jours, ou dans quelque recoin au secret bien gardé. Elle est rare et précieuse, tout comme son expression qu’on ne trouve plus guère que dans les commentaires éclairés d’esthètes amateurs du XVIIᵉ siècle ou de lecteurs assidus d’Honoré de Balzac, mais l’époque est à Marc Lévy pas à Balzac. Non vraiment, gourgandine n’est plus d’époque. C’est bien dommage.

Chic ! [ʃik]

Fig. A. Le freak c’est chic ! Archives Studio 54.

[ʃik] (YES !)
Voici quelques jours, on m’interpellait sur le caractère suranné ou non de l’interjection chic !. Il s’avère que la question se justifie pleinement et qu’elle mérite réflexion. Chic est-il réellement suranné ?