Le carrelage blanc du métro [lə kaʁlaʒ blɑ̃ dy metʁo ]

Fig. A. L’entrée du métro, avant le carrelage blanc. Musée RATP.

[lə kaʁlaʒ blɑ̃ dy metʁo ] (ligne 1. METR.)
Sept virgule cinq centimètres de haut sur quinze de large pour créer un rectangle, des bordures biseautées et un blanc de céramique immaculée, voici les ingrédients du suranné. Apposez le tout de façon horizontale et régulière sur les parois de volumes conséquents, laissez mijoter pendant un petit peu plus d’un siècle. Vous obtiendrez une ambiance des plus surannées que seules quelques élucubrations décoratives décennales régulières risqueront de faire basculer dans le tendance ou le vintage. En dehors de ces vaines et vilaines tentatives, le résultat demeurera suranné, soyez-en sûr.

Silence [silɑ̃s]

Le silence n’aurait-il donc plus aucune valeur ? Son utilisation semble devenue surannée à tel point qu’il s’approche souvent de l’outrage. Le temps présent est à l’émission, à la parole, au flux, au flot au permanent. Le silence incommode s’il se place au milieu de tout ça. Se taire plus de deux secondes est désormais signe de désintérêt ou de mépris dans la conversation, d’inaptitude sociale; prendre le temps d’un silence ne peut être celui d’une contemplation, du soleil qui se couche, de l’être aimé, d’une toile de maître, d’un petit rien. Non ! Haro sur le silence. Comble, comble, vite ! Parle-moi, dis-moi quelque chose, que je n’aie pas à me taire en retour ! Un silence et je tombe dans le vide.

Des fois j’aime bien me taire, j’entends battre mon cœur.

 

Potron-minet [_pɔtʁɔnminɛ_]

Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne,
Je partirai.
Vois-tu, je sais que tu m’attends.
J’irai par la forêt, j’irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

[_pɔtʁɔnminɛ_] (n. com. MIAW.)
Oui, oui, potron-minet est tout un poème alors qu’il me plaise ici de l’introduire par le truchement du grand Victor (si je puis dire). Qui mieux que lui pour nous dire cet instant subtil, doux comme la caresse du soleil sur la rosée encore fraîche, cet instant unique qui ne saurait durer plus qu’une éternité, cet instant magique où l’on tient le monde dans sa main, oui qui d’autre que lui ?

Potron-minet est bel et bien suranné car avec lui viennent les effluves de la soupe aux oignons, l’amertume du café et la douceur salée du beurre fraîchement baratté. Potron-minet et c’est le chat de la maison qui rentre de ses agapes nocturnes, potron-minet et la vie s’annonce belle. Potron-minet et le laitier a posé sa bouteille sur le pas de la porte. J’aime bien me lever tôt.

 

Maréchaussée [maʁeʃose]

Figure. F. Contrrrôle du véhicule. Archives Gendarmerie Nationale.

[maʁeʃose] (n. com. POL.)
GIGN, RAID, CRS, GIPN, BRI, les acronymes du XXᵉ siècle ont rendu la Maréchaussée des plus surannées. Et c’est bien dommage. Désormais l’appellation vaut grand uniforme et moustache recourbée, couvre-chef à plume et arquebuse, plus qu’il n’en faut pour appeler à sourire et à un conséquent manque d’autorité. Manquerait plus qu’un roulement de « rrrrrr » et le compte est bon. Enquiquinant vous en conviendrez en cas d’interpellation de contrevenant sur la voie publique.

Maréchaussée est tombée au champ d’honneur de la bataille que la langue française mène avec les réalités de son époque, par exemple celle où l’exercice de la force publique est devenu avant tout celui de la force létale. Le temps n’est plus aux circonvolutions, à la négociation voire à l’arrangement. Efficacité ne rime pas avec Maréchaussée la surannée.

O tempora, o mores

Je me rends compte que le concept de surannéité tel que défini en 1602 par l’Assemblée Constituante de la Langue française est complexe à assimiler dans toute sa subtilité. Afin de permettre au plus grand nombre de mes lecteurs d’accéder aux faveurs du langage suranné, je publie ici une synthèse schématique de la fameuse théorie « o tempora, o mores » développée en 1962 par le MIT¹ qui en reprend l’essentiel. Cette courbe² nous montre les différentes phases de vie orale et écrite d’un mot depuis son accession au langage courant jusqu’au déclin du comment que tu causes toi, en passant par son apogée surannée.

Surannéité O tempora, o mores

Dessin original de la Courbe o tempora o mores, Archives Nationales, Lot XV5 III 3e. (inventaire 1978)

¹Professor T.H. Hughes « Suranneism and oneagain bistoufly from the Middle-Age til today », sept. 1962
²Dessin original de la Courbe o tempora o mores, Archives Nationales, Lot XV5 III 3e. (inventaire 1978)

Accentuer les majuscules [aksɑ̃tɥe le maʒyskyl]

Fig. E. É.

[aksɑ̃tɥe le maʒyskyl] (règl. GRAMM.)
Attention les amis, ici on touche au sensible, au détail qui n’en n’est pas un, au sens, à la parole. Mais je m’emballe. Accentuer les majuscules est la règle. LA RÈGLE. Eh oui Word, pauvre de toi Power Point, vade retro vil Excel et toi, maudit Windows 10, ne vous en déplaise en français l’accent a pleine valeur orthographique. Tout comme ses amies tréma et cédille. Alors mon p’tit père, tu vas me corriger tout ça vite fait sinon j’m’en vais t’montrer qui c’est Raoul. Suranné l’accent ? Certainement mais c’est pour ça que tu vas mettre du cœur à l’ouvrage et faire respecter la règle. Et si tu as comme un doute, rappelle-toi qu’entre un interne et un interné il n’y a que l’épaisseur d’un accent, un minuscule détail que je veux voir aussi en majuscule. PIGÉ ?