Billevesée [bilvəze]

Fig. A. Ahahahaha !

[bilvəze] (n. fém. BLA-BL.)
Halte-là mon ami, si tu prétends aujourd’hui user de ce mot, tu es soit un menteur soit un fâcheux hurluberlu. Qui a ouïe prononcer billevesée ? Personne, nous sommes d’accord.

Bien que les idées creuses n’aient aucunement disparu en notre époque moderne, on peut même dire qu’elles y trouvent un terrain de prédilection, le mot qui les décrit le mieux s’est pour sa part quasiment éteint, rejoignant les zones troubles de ses frères surannés au fond des dictionnaires. N’est-ce pas là bien étrange destin ? Alors qu’il se prêterait au mieux à décrire la plus grande partie des propos de nos contemporains et notamment de ceux qui ont fait de l’émission d’avis une profession, voilà donc que ce terme inexiste. Oui, inexiste. Il a dû être occis par quelque consultant en bonne parole ou expert en expertise, je ne vois pas d’autre issue. Billevesée, renais ici de tes cendres, on a besoin de toi.

Ci-devant [sidvɑ̃]

Fig. A. Ci-devant la Bastille.

[sidvɑ̃] (pron. RÉVOL.)
Je le classerais dans la catégorie terriblement suranné ce cinglant ci-devant. Il fustige, il fouette, il abîme, il déclasse ci-devant ! S’il claque autant c’est qu’il a la goût du sang vengeur : Louis Capet, ci-devant Roi de France ne me contredira pas. Ci-devant a fait tomber tant de têtes, a humilié tant de puissants et de gueux, qu’il en est désormais infréquentable. Il n’empêche que sa construction était jolie. Comité du Salut Public tu nous a bousillé un mot, tu es impardonnable.

Bonnet de nuit [bɔnɛ də nɥi]

[bɔnɛ də nɥi] (gr. n. BONE.)
Si le caractère hallucinant et totalement dépassé du bonnet de nuit ne fait aucun doute, il convient néanmoins de se pencher un instant sur ses fonctions et utilités. Ce sera donc le débat blogueuse de mode ou fashion police du jour. Comme vous le savez sans doute, l’endormissement est plus rapide et le sommeil de meilleure qualité lorsque les extrémités du corps sont chaudes et protégées.

Turpitudes [tyʁpityd]

Fig. A. ⋯

[tyʁpityd] (n. fém. LAI.)
Dans mon imagination romanesque, turpitudes ne m’apparaît pas dans toute l’ignominie que sa définition pourtant décrit. Non, je la vois comme l’aboutissement d’une fatalité plus que comme un comportement honni. Son pointu « pitu » ? Je ne sais; turpitudes m’est presque sympathique parce qu’elle traîne de la fange, de l’obscur, du subi, de l’échine courbée, du joug.

Passons donc sur ces errements qui nous font faire fausse route pour en venir au sujet : turpitudes est surannée, je le dis. Que oui mon ami ! Turpitudes devrait encombrer les colonnes des journaux, faire la Une ou au moins les gros titres, mais non, rien, pas une apparition ou si peu. Puisqu’elle est action et pensée basse et honteuse, elle devrait régner en maître dans le langages des matamore de plateaux télé, des spécialistes en tout et observateurs aguerris. Mais las, toujours rien. Elle est donc bien surannée.

Marivaudage [maʁivodaːʒ]

[maʁivodaːʒ] (néo. OLÉ.)
La légèreté prosélyte du marivaudage ne rencontre guère plus qu’un vague succès d’estime en ces jours troublés par la farouche volonté d’être quelqu’un (de bien ou pas), la puissance des forces obscurantistes et l’abandon des vestiges du passé (sauf les certifiés « vintage »). Et pourtant marivaudage recèle un petit monde bien agréable, nous parlant de l’amour d’un ton badin, le meilleur qui soit en l’occurrence pour s’assurer de lui survivre. Pourquoi diantre bafouer ce si gentil marivaudage ? Dentelles, perruques et poudres, cache-cache dans les lauriers du parc, bougies et parfums d’ambre, n’est-il pas délicieux ?