100 km/h [100 km/h]

Fig. A. La vitesse folle.

[100 km/h] (nbre. NUM. AUTO.)
Le nombre est lâché, magique, fascinant. 100. L’échelle si folle s’affole. Des kilomètres par heure ! Cent kilomètres par heure, 100 km/h pour les intimes. Une vitesse incroyable ! A l’époque surannée bien entendu.

Oui mes amis, sachez que 100 km/h a su impressionner en son temps. Il fut une référence, un stade quasi ultime, un objectif suprême, un must, une quête, un Graal. Ceux qui les avaient atteints étaient adulés tels les héros antiques, les femmes se jetaient à leurs pieds (nues), les hommes puissants se prosternaient ! Table leur était ouverte à satiété dans les plus grands restaurants et les vins nobles coulaient à flots.

Un temps suranné vous dis-je, aujourd’hui où la moindre Fuego¹ vous propulse bien au-delà sans pour autant vous transformer en admirable. Que voulez-vous, notre époque est blasée, plus encore elle combat l’aventure : pas plus tard qu’hier je me suis fait flasher sur la route, puni par un médiocre 90 km/h à respecter. Je m’en fiche je continuerai à approcher les 100 km/h, dussé-je passer pour suranné.

 

¹Oui, ami lecteur, j’admets fort volontiers le caractère intrusif d’une telle référence automobilistique mais c’était pour marquer mon dédain.

Slip kangourou [slip kɑ̃ɡuʁu]

Fig. A. Kangourou sans slip. Musée de Sydney.

[slip kɑ̃ɡuʁu] (n.m. BONN.)
Quelle bizarrerie créative aura un jour germée dans les limbes grisâtres d’un spécialiste de la bonneterie masculine pour ouvrir à tous vents un déjà bien mince tissu en charge de protéger l’origine (masculine) du monde ? Bah mon ami, on était en France au début du siècle précédent, en ce pays et cette époque fournisseurs officiels de tellement de suranné, alors…

Se pâmer [sə pɑme]

Fig. A. galant faisant se pâmer les damoiselles.

[sə pɑme] (verb.trans.)
Ô temps bénis et surannés où pour un gentilhomme entraperçu à la sauvette, les demoiselles corsetées pouvaient si simplement alors se pâmer. Tout bonnement tombaient-elles en pâmoison que le bellâtre avait beau jeu de leur faire humer quelques sels afin qu’elles recouvrent conscience; dans ses bras évidemment. Tombée en désuétude depuis le 29 août 1966¹, cette tradition courtoise a rejoint les comportements surannés que d’aucuns font revivre à l’occasion de manifestations folkloriques ou de commémorations souvent sans saveur², il faut bien l’avouer. Car contrairement à ce qu’il pourrait y paraître, se pâmer relève d’une grande maîtrise de ses propres sens et c’était toute une éducation galante qui s’exprimait dans ce geste aux accents de désespoir surjoué, la main portée au front et les jambes flageolantes, qui cachait au-delà un bien coquin espoir. Essayez-donc pour voir. S’abandonner à toute inconscience est désormais bien impossible à nos capacités modernes. Il est loin l’art de la défaillance, abandonné au profit d’un semblant d’infaillibilité. Le galant doit passer son chemin, le vilain que voilà. Aujourd’hui on maîtrise.

 

¹Le 29 août 1966 les Beatles donnent leur dernier concert au Candlestick Park de San Francisco
²Comédie musicale de Matt Pokora, show-case de Justin Bieber, etc.

Tout l’toutim [tu l_tutim_]

[tu l_tutim_] (subst. masc., ARG. POP.)
Même si tu jactes pas l’argomuche, j’espère qu’t’entraves un chouïa c’qui s’raconte icigo. Sinon tu t’esbignes fissa parce que ça va chauffer pour tes miches. Ça va être avoinée et tout l’toutim. Capiche ?

Plaît-il ? On me dit dans l’oreillette que certaines personnes sensibles des neurones n’auraient pas acquis les bases du langage propres à la compréhension des paroles susdites. Diantre, voilà qui est bien fâcheux. Or donc, tout l’toutim aurait échappé à votre entendement, tout suranné qu’il est. Je vois, je vois… A toutes fins de bon entendement, sachez que tout l’toutim est une locution signifiant à la fois l’indénombrable et la totalité d’un ensemble supposé cohérent, cet ensemble pouvant être composé de personnes, d’objets, d’actions, de trucs, de machins, enfin tu vois. Tout l’toutim fait partie de ces raccourcis délicieux qui sous-entendent une compréhension partagée frôlant la complicité entre les parties prenantes au dialogue. En un mot comme en cent, on se comprend à demi-mots. Et s’il s’énonce Gitane maïs au bec, tout l’toutim prend l’ampleur théâtrale que le ton magnifique de sa prononciation apocopée pose au firmament de la langue surannée, celle d’Un singe en hiver¹ for example. Mais ceci est une autre histoire, nous y reviendrons en temps voulu.

Rompez.

 

¹“En Chine, quand les grands froids arrivent, dans toutes les rues des villes, on trouve des tas de petits singes égarés sans père ni mère. On n’sait pas s’ils sont venus là par curiosité ou bien par peur de l’hiver, mais comme tous les gens là-bas croient que même les singes ont une âme, ils donnent tout ce qu’ils ont pour qu’on les ramène dans leur forêt, pour qu’ils retrouvent leurs habitudes, leurs amis. C’est pour ça qu’on trouve des trains pleins de petits singes qui remontent vers la jungle”.

La veste d’intérieur en soie matelassée [la vɛst dɛ̃teʁjœʁ ɑ̃ swa matlase]

[la vɛst dɛ̃teʁjœʁ ɑ̃ swa matlase] (gr. n. MOD.)
La veste d’intérieur en soie matelassée vient récemment de quitter le stade du has-been¹ pour entrer en surannéité². C’est une sacrée nouvelle que les journaux et télévisions complices du modernisme et de l’obsolescence programmée ont bien cachée à nos contemporains. Il est grand temps de rétablir la vérité. La veste d’intérieur en soie matelassée vous l’avez forcément aperçue dans quelque représentation cinématographique mettant en scène Jean Gabin ou l’un de ses compères, vous l’avez croisée aussi sur des photos de ces vieilles pub american way of life des fifties ou des sixties, vous questionnant sur son véritable sens, je le sais. La veste d’intérieur en soie matelassée est un mystère épais et j’admets moi-même une certaine circonspection devant la chose. Mais il en est ainsi du suranné, toujours prompt à nous étonner. J’en reste coi.

¹Courbe O tempora o mores
²Selon une étude IPSOS/Fashion Police® du 1er février 2015