Tailler une bavette [taje yn bavɛt]

Fig. A. Où bien tailler la bavette.

[taje yn bavɛt] (expr. FAM.)
Tailler une bavette n’est pas une spécialité bouchère-charcutière. Bavasser, babiller, palabrer, caqueter, bavarder, sont tous synonymes de tailler une bavette. C’est qu’il en faut du souffle, de la salive, de l’imagination et du temps, pour tailler une bavette. Un certain goût aussi pour la météorologie. Avez-vous remarqué que tailler une bavette obéit à des codes complexes ?

Embouligou [ɑ̃buliɡu]

Fig. A. La Provence, pays de l’embouligou.

[ɑ̃buliɡu] (n. m. PROV.)
Guili-guilis embouligou ! Comment ? On me dit dans l’oreillette que certains n’ont jamais entendu cela, que je fabule, que j’imagine, que j’estropie, que je délire, pire encore que j’invente et je mens ! Halte-là camarade, si tes pas d’enfance ne t’ont jamais portés quelque part en Provence¹, si tu n’as jamais sommeillé sous la tonnelle et ri aux éclats pour des guili-guilis sur l’embouligou, hâte-toi de traîner tes parents en justice et oublie ton injuste vindicte à mon endroit. Tu devrais gagner gros.

À musse-pot [a myspo]

Fig. C. Bzzzzz bzzzzz bzz…

[a myspo] (loc. adv. FAM.)
D’utilisation rarissime, à musse-pot nous vient probablement du fin fond des temps surannés, si tant est qu’on puisse encore les localiser. Et qui plus est d’une de ces provinces françaises qui gardent bien au secret leurs recettes de cuisine et quelque mythes païens inavouables (pierre de lave, animal sauvage mangeur d’hommes, Ankou, poil de licorne, forêt druidesque, etc.). Pour sûr il y a du patois sous cet à musse-pot ou je ne m’y connais pas.

Immanquablement comme j’entends à musse-pot dans une conversation (fait exceptionnel, donc), j’imagine des ombres indues se glisser sur les murs, des froissements d’étoffes dissimulatrices, des bougies pour n’éclairer que les mains, des regards qui fuient, des paroles chuchotées.

À musse-pot est l’escapade nocturne de l’amoureux adolescent, à musse-pot est tiré le tord-boyau du bouilleur de cru, à musse-pot est rejoint le coin à champignons ou le bras de rivière si poissonneux. Il y a du bon sens paysan dans cet à musse-pot là, c’est moi qui vous le dit. À musse-pot n’est pas méchant, tout juste entend-il préserver une petite part de secret au cœur de cette époque qui se repaît de potins, se gargarise de ragots et porte au firmament les plus grands indécents. À musse-pot est érotique : il susurre et s’accorde à demi-mot.

C’est un secret.

 

La fête à neuneu [la fɛt a nœnø]

[la fɛt a nœnø] (exp. FAM.)
Lorsque la France était un Empire dirigé d’une main de fer par un Empereur, Napoléon 1er, en ces temps pas si lointains mais désormais surannés, un beau jour de 10 juin 1815, le chef en question décréta impérialement « qu’il sera établi dans la commune de Neuilly, arrondissement de Saint-Denis, département de la Seine, une foire annuelle pour la vente des marchandises de toute espèce; cette foire durera depuis le 24 juin jusqu’au 2 juillet inclusivement ». Et paf, le Comte Boulay nous certifiait conforme le décret impérial créant la fête à neuneu.

Ainsi, jusqu’en 1935, une foule bigarrée et élégante se pressa-t-elle au milieu des boutiques en tous genres, vantant mille remèdes miracles, mirlitons, sucre d’orge, tournant à qui mieux mieux sur les chevaux de bois, mangeant, chantant, dansant, paradant sur les bas-côtés de l’avenue de Neuilly depuis la Porte Maillot jusqu’au pont de Neuilly. Un bien joyeux foutoir en vérité dont la postérité n’a conservé que ce dérèglement.

Car désormais la fête à neuneu c’est le bazar, le souk, le capharnaüm, le désordre, le fourbi, le chahut, le bordel, le bric-à-brac, le bastringue. Au propre et au figuré. La fête à neuneu s’emploie tout autant pour décrire la qualité colorielle de la dernière collection Desigual que le rangement d’une chambre d’enfant, la cuisine après que j’ai décidé de faire une tarte ou encore l’Album zutique et ses poèmes écrits sous delirium tremens.

La canaille commerciale a bien cherché à nous la refourguer mais l’ambiance n’y est plus. La fête à neuneu, la vraie, a disparu en suranné et c’est tant mieux.

Dans le cul la balayette [dɑ̃ lə ky la balɛjɛt]

Fig. A. « Luniperorum erat cibus in asino ».

[dɑ̃  lə ky la balɛjɛt] (exp. VULG.)
Allons, allons, je me refuse à entendre vos cris d’orfraie et de vierges effarouchées : comme si vous ne saviez pas que dans le cul la balayette existait et qu’il était suranné. Que vous ne l’ayez pas entendu depuis longtemps je vous l’accorde, il est suranné je vous le répète. Que vous ne l’ayez jamais utilisé est possible, à condition que vous ayez échappé tout d’abord aux différents cycles scolaires et ensuite (je veux dire au long du reste de votre vie) à tout sentiment triomphant en contemplant un provocateur se vautrer lamentablement après vous avoir nargué impunément.

Faire la rue Michel [fɛʁ la ʁy miʃɛl]

[fɛʁ la ʁy miʃɛl] (exp. FAM.)
Fig. M. Le boulevard Saint-Michel n'est pas la rue Michel. Paris.

Fig. M. Le boulevard Saint-Michel souvent confondu avec la rue Michel. Paris.

Il est des expression surannées qui fleurent bon le Pantruche du XIXᵉ siècle, l’atmosphère confinée du fiacre, le bec de gaz et la canne-épée prête à pourfendre le vilain, et qui de fait sont surannées. Ainsi en va-t-il de faire la rue Michel. Cet ancien chemin de ronde de l’enceinte parisienne, sis dans l’actuel Marais (métro Rambuteau et Arts et Métiers pour les tatillons), pris le nom de rue Michel-le-Comte vers 1270, selon toute vraisemblance en hommage à un noble quelconque. Rien de bien notable donc¹. Et pourtant, ce fut un boulevard vers le doux suranné…

Est-ce pour cause de confusion entre le Comte et le compte que faire la rue Michel fut affublée quelques siècles plus tard du sens qu’on lui connait désormais, celui d’une dette apurée ou plus largement d’une bonne convenance ? Deux homophones et une mésentente orthographique à l’origine d’une truculente surannéité ? Pourquoi pas après tout, il en faut parfois moins.

Placée fort à propos, faire la rue Michel apportera une touche gavrochienne en conclusion d’un discours de négociation bien menée au contenu policé. Une légère note dite « des boulevards » que je vous conseille afin de mâtiner votre acceptation d’une connivence de bon aloi, d’une complicité de comptoir, d’une subtilité rimbaldienne qui vous catégorisera en poète des faubourgs. Un coté bad boy qui saura plaire en toutes circonstances, surtout aux femmes, croyez-moi sur parole.

Attention toutefois à ne pas abuser : ça fait la rue Michel ne s’emploie pas en signature d’un contrat de travail (on se contentera de la traditionnelle mention « lu et approuvé »), d’une demande en mariage (un simple oui ému suffira à la postérité) ou d’un traité de paix international (toujours empreint d’une certaine solennité, je n’y puis rien). Sachez rester digne et raisonnable, et ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : tout ne peut pas faire la rue Michel que diantre !

¹Noble/notable(+négation), c’est bon ? Tu l’as ?