Aller à Naples sans passer par les monts [ale a naplə sɑ̃ pase paʁ le mɔ̃]

Aller à Naples sans passer par les monts

Fig. A. La baie de Naples.

[ale a naplə sɑ̃ pase paʁ le mɔ̃] (loc. médic. ITAL.)
C‘est aux escapades guerrières italiennes de Charles VIII, roi de Naples et de Jérusalem et surtout roi de France de 1483 à 1498, que l’on doit une cocasse expression médicale destinée à décrire une maladie vénérienne et mortelle qui fera des ravages en Europe.

Aller à Naples sans passer par les monts n’est en effet pas un joyeux descriptif itinéraire pour touriste en goguette avec attribution d’étoiles aux hôtels et bonnes tables du coin, mais bel et bien un diagnostic visant le scrofuleux ayant attrapé la grande vérole pendant la première guerre d’Italie (1494-1497). Ou après, puisque aller à Naples sans passer par les monts tiendra le haut du pavé en matière infectieuse pendant quatre cent cinquante ans (précisons que pendant longtemps le seul remède envisagé fut le mercure en frictions ou emplâtres¹).

Aller à Naples sans passer par les monts est une expression un tantinet à charge pour les Napolitains, il nous faut bien l’admettre, l’étude de la traduction de syphilis dans les langues de nos voisins, s’avérant nettement moins catégorique quant à la source italienne de l’épidémie. Elle est en effet un mal français en Italie, en Allemagne, en Russie, en Angleterre et en Pologne, un mal espagnol au Portugal et aux Pays-Bas, un mal anglais en Écosse, un mal cantonnais au Japon.

Bien entendu seule la langue surannée française, poétique par essence, pouvait créer pour cette indisposition génitale une formule aussi insouciante et frivole. Ce n’est pas parce qu’on a attrapé la chtouille qu’on doit en perdre son sens créatif et son exigence du Beau, nous dit-elle en substance avec aller à Naples sans passer par les monts.

Au-delà de la grande vérole originelle, aller à Naples sans passer par les monts s’appliquera peu à peu à toutes les formes de contamination par acte vénérien, tombant sur le paletot déjà bien chargé de la cité napolitaine comme la vérole sur le bas clergé breton et ruinant une notoriété bâtie depuis le VIIIᵉ siècle avant notre ère par les Grecs de Parthénope. On a beau bénéficier d’une baie idyllique avec vue sur Capri, quand on charrie une réputation de chaude-pisse ça n’aide pas à attirer le pérégrin.

Au milieu du XXᵉ siècle, redingote anglaise bien ajustée et pénicilline en traitement feront d’aller à Naples sans passer par les monts un chemin de moins en moins emprunté pour mener Totoche à Medrano. Ce n’est pas l’office du tourisme de Naples qui s’en plaindra.

En mai 1983, une équipe de l’Institut Pasteur publie les résultats d’une étude qui aurait pu remettre l’expression au goût du jour. Mais l’époque moderne est à l’acronyme et à l’anglais. AIDS pour Acquired Immune Deficiency Syndrome² fait son entrée dans le vocabulaire. À ce jour, lui n’est toujours pas suranné.

¹Authentique.
²SIDA en français.

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