Pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir [pise syʁ œ̃ bɛk də ɡaz puʁ lə fɛʁ flœʁiʁ]

Pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir

Fig. A. Arrosage urétique canin.

[pise syʁ œ̃ bɛk də ɡaz puʁ lə fɛʁ flœʁiʁ] (loc. urin. VAC.)
L‘acte de conviction ou d’éducation échouant pour cause d’impossibilité neuronale chez le récepteur possède pisser dans un violon pour exprimer son désarroi.

Une très efficace expression qui fut pourtant jugée trop « de la Haute » par une partie des usagers de la langue surannée vivant dans les faubourgs. Sans animosité aucune, ce petit peuple des pavés décida de se doter d’un synonyme un tantinet moins ampoulé mais tout autant pertinent.

Ainsi s’imposa pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir.

On le constate à la première lecture, pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir exprime clairement le désespoir d’un éducateur face à l’impavidité de son élève sur la question de l’accord d’un participe passé par exemple, et n’a rien à envier à sa cousine violoniste. « Autant pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir » s’exclamera le professeur désespéré par un « les pommes que j’ai manger » relevé dans une dictée.

La présence du bec de gaz permet de dater l’expression de la première moitié du XIXᵉ siècle, les réverbères d’éclairage public à huile étant remplacés par ceux à gaz à partir de 1829 dans les rues de Paris¹. Ce n’est en effet pas l’acte pollakiurique qui peut aider sur ce point, l’arrosage urétique masculin étant pratiqué sur le moindre piquet érigé depuis la nuit des temps (à l’instar de son acolyte canin).

Ne souhaitant pas passer pour des vulgaires, les inventeurs de pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir ajoutèrent cette touche florale du meilleur goût leur permettant de souligner l’incongruité de la proposition. Chacun sait bien qu’aucun bec de gaz n’est jamais devenu myosotis ou œillet, fut-ce en le badigeonnant à la pisse.

Le remplacement progressif du bec-papillon par le lampadaire moderne de la fée électricité (à partir de 1920) fit péricliter l’usage de pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir, pisser sur un poteau électrifié s’avérant dangereux.

En effet, sauf à vouloir « faire des étincelles avec sa bite »², le contact entre l’urine et l’électricité est à éviter (c’est bien connu sauf de quelque chanteur malheureux que l’on n’écoute plus, mais ceci est une autre histoire) et si l’on souhaite absolument honorer la nature, il suffit de faire pipi sur l’gazon pour arroser les coccinelles, faire pipi sur l’gazon pour arroser les papillons, ce n’est pas compliqué. Notons cependant que ça ne fera rien fleurir pour autant.

En 1951 les trente quatre mille trois cents points d’éclairage public de la capitale ne comptent plus un seul bec à gaz parmi eux. Pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir commence son agonie dans le parler du quotidien.

La modernité gagne définitivement la partie le 10 novembre 1981, en inaugurant à Paris la première Sanisette où pour 1 Franc, on peut pisser en paix.

Aujourd’hui, c’est place Suzanne Valadon, dans le XVIIIᵉ arrondissement, que l’on arrose le plus cette victoire sur la désuétude avec deux cent vingt cinq contributions quotidiennes³ à l’oubli de pisser sur un bec de gaz pour le faire fleurir.

¹La rue de la Paix fut la première concernée.
²Marie Laforêt, in Les Morfalous (1984), dialogues de Michel Audiard.
³Chiffres officiels de 2015.

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