Descendre de vélo pour se regarder pédaler [désâdre de vélo pur se reɡardé pédalé]

Fig. A. Narcisse descendu de son vélo.

[désâdre de vélo pur se reɡardé pédalé] (loc. cycl. EGO.)
Depuis Narcisse et ses mésaventures à base aqueuse, l’on sait qu’à trop se contempler et se satisfaire de sa propre plastique il risque d’advenir quelques bricoles pouvant entraîner la mort.

Une leçon sévère que, de son temps, le langage suranné traduisait dans la très souriante et sportive expression descendre de son vélo pour se regarder pédaler.

Il paraît en effet évident que descendre du vélo alors qu’on y joue du mollet afin de se contempler dans l’effort relève de l’ultime perversion d’une part et de l’art de la cascade d’autre part. Pour peu que l’action se déroule dans une pente, c’est la gamelle assurée pour une fin à la Narcisse.

On comprendra aisément la construction vélocipédique de la locution qui s’appuie évidemment sur les nombreuses déclarations des différents vainqueurs d’étapes du Tour de France, ces héros magnifiques des années surannées admirés à grands coups de vas-y Poupou, et se sentant toujours « très très bien sur le vélo » ou « ayant la socquette en titane » les rendant capables de « pédaler dans l’huile » (sic).

Une certaine idée de l’esthétique mâtinée d’effort qu’on pourrait concéder au forçat de la route qui s’aime en roi de la pédale mais que s’approprie goulûment l’égotiste fainéant qui n’hésitera pas pour autant, lui aussi, à descendre de vélo pour se regarder pédaler. C’est d’ailleurs avant tout au petit bras qu’est destinée descendre de vélo pour se regarder pédaler, la formule s’avérant moqueuse pour le tire-au-cul érotomane.

Il est étrange que descendre du vélo pour se regarder pédaler ait disparu du paysage moderne, celui-ci se peuplant chaque jour un peu plus d’amoureux d’eux-mêmes posant toutes lèvres tendues vers l’objectif afin d’obtenir des clichés auto-photographiés qui satisferont leur Moi et leur Surmoi. Si ce n’est un bien compréhensible désaveu pour la petite Reine et ses asthmatiques survitaminés qui aurait envoyé descendre du vélo pour se regarder pédaler, on est à deux doigts de penser au complot des vendeurs de Smartphones pour expliquer sa disparition en surannéité. Le selfie fait vendre et il serait préjudiciable qu’une expression datant de Mathusalem vienne gâcher le marché.

Quelle qu’en soit la véritable raison, descendre du vélo pour se regarder pédaler est désormais désuète. Narcisse est roi ressuscité et le moderne s’aime et ne manque jamais une occasion de se le dire.

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