Pampelune-derrière-la-Lune [pɑ̃plyn dɛʁjɛʁ la lyn]

pampelune-derriere-lune

Fig. A. La Lune. Larive & Fleury – 1895

[pɑ̃plyn dɛʁjɛʁ la lyn] (loc. géo. ESPA.)
Le trou perdu possède tellement de synonymes qu’on s’y perdrait.

Pétaouchnok, Foufnie-les-Berdouilles, Perpette-les-Oies, Perpète-les-Alouettes, Tataouine et sa jumelle balnéaire Tataouine-les-Bains, Trifouilly-les-Clarinettes, Saint-Clinclin-des-Meumeu au Québec…

Aussi lointaines qu’elles soient, toutes ces destinations mondo-trouduculières sont repérables sur une bonne planisphère. C’est donc certainement dans une volonté de s’éloigner encore plus loin que la langue surannée a voulu Pampelune-derrière-la-Lune.

Quand un lieu est affublé d’une adresse à Pampelune-derrière-la-Lune on est loin, très loin au-delà de l’horizon.

Pourtant structurée sur l’appellation française de la capitale de la Navarre (Pampelune dite Pamplona en castillan et Iruña en basque), l’expression met la localisation du bourg hors de portée du commun des mortels avec ce toponyme composé qui fait appel à la face invisible de celle qui porte le nom officiel de Terre I mais que les poètes ont préféré dénommer Lune.

Les 384 000 kilomètres qui séparent tout point de la Terre de Pampelune-derrière-la-Lune ont évidemment pour dessein de marquer fermement l’impossibilité d’atteindre quiconque s’y réfugie, à plus forte raison si la villégiature se trouve du côté du satellite impossible à voir depuis quelque lieu bien de chez nous¹.

À Pampelune-derrière-la-Lune se réfugient donc toutes les créatures les plus secrètes et mystérieuses – Dahu, Poulpiquet, Père Noël, Petite Souris, Serpent à plumes, Claude François, etc. – lorsqu’elles souhaitent prendre un peu de recul et quitter l’assourdissant brouhaha de l’excitation terrienne.

Pampelune-derrière-le-Lune met à bonne distance l’ardélion qui veut absolument savoir où l’on se rend sans lui. Inaccessible, Pampelune-derrière-le-Lune est un havre de paix sans gêneur, sans curieux, sans importun.

Elle le serait restée si une curieuse lubie d’un président des États-Unis d’Amérique n’avait pas surgi dans un pompeux Special Message to the Congress on Urgent National Needs prononcé le 25 mai 1961 : il fallait à tout prix aller voir à Pampelune-derrière-la-Lune si j’y étais (et surtout vérifier que les Soviétiques n’y étaient pas).

Onze missions Apollo plus tard, le  à 3 heures 56 minutes et 20 secondes (heure de Paris), Neil Armstrong prononce l’une de ces phrases qui terminent leur carrière en prophétie imprimée sur des tee-shirts² et envoie du même coup Pampelune-derrière-la-Lune dans la poussière surannée qu’il soulève en posant son pied dans la Mare Tranquillitatis.

La Lune est désormais en banlieue de la Terre, et même si sa face cachée le demeure, Pampelune-derrière-la-Lune n’est plus si loin que ça. Une expression qui tenait sa promesse depuis que Henri III de Navarre était devenu Henri IV roi de France et de Navarre s’efface.

Personne ne s’en émeut. Pas même la Pravda qui titre « Des habitants de la Terre sur la Lune » ou El Diario de Navarra avec son « Seres humanos pisaron la Luna ». On a marché sur la Lune et on a piétiné Pampelune-derrière-la-Lune, mais ceci semble être une autre histoire puisque tout le monde est content.

¹La Lune possédant une période de rotation équivalente à celle de sa révolution, un seul et même côté est visible depuis la Terre.
²« That’s one small step for man, one giant leap for mankind « . « No more war ». « You may say I’m a dreamer but I’m not the only one », etc.

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