Aller se faire gonfler chez Michelin [alé se fèr ɡôflé Sé miSlê]

Michelin

Fig. A. Type de 130 kilos disant certaines choses à un type de 60 kilos. Allég.

[alé se fèr ɡôflé Sé miSlê] (loc. insult. PNEU.)
Disposant du très efficace va te faire empapaouter pour inciter le branque à adopter une posture que son contradicteur juge plus conforme à son état d’esprit ou à son attitude, la langue surannée n’avait besoin d’aucun synonyme dans l’invective.

Trop longtemps considéré comme tel, va te faire gonfler chez Michelin est un conseil d’un tout autre ordre.

Même si la nécessaire insertion dans un orifice disponible de l’embout d’une pompe semble nécessaire pour aller se faire gonfler chez Michelin et introduit ce faisant une certaine ambiguïté, l’encouragement est en réalité celui à prendre un peu de poids et de muscle pour envisager boxer dans une catégorie susceptible d’imposer le respect à son antagoniste.

Ainsi, va te faire gonfler chez Michelin s’adresse-t-il généralement au gringalet (ou supposé) se proposant d’en finir à la mornifle à propos d’un débat sur la priorité à droite ou l’incapacité de la gauche (au choix), ou plus généralement tout conflit insoluble par la discussion et l’argument.

Va te faire gonfler chez Michelin est le plus souvent avancé par le plus massif des deux belligérants, la théorie de l’évolution posant depuis toujours que quand les types de cent trente kilos disent certaines choses ceux de soixante les écoutent¹. On remarque cependant qu’un poids léger moqueur peut lui aussi encourager par pure bravade un beau bébé dépassant le quintal à aller se faire gonfler chez Michelin.

L’expression repose sur la connaissance sous-entendue par les duellistes des dispositions physiques de Bibendum, symbole publicitaire du fabricant auvergnat de pneumatiques aux mensurations spectaculaires. De fait, aller se faire gonfler chez Michelin sera nettement plus utilisée par les professionnels du volant, routiers sympas ou non, que par les docteurs en médecine à qui l’on a rabâché les dangers du surpoids pour la santé.

En 1978, Bruce Lee, un mètre soixante et onze, soixante deux kilos, brise d’une technique de jeet kune do (截拳道 « la voie du poing qui intercepte ») une flopée d’adversaires² qui étaient allés se faire gonfler chez Michelin, dans Le Jeu de la Mort.

Le succès planétaire du nanard³ (mais ceci est une autre histoire) de genre kung-fu, enverra aller se faire gonfler chez Michelin en surannéité, le Petit Dragon ayant démontré qu’il était préférable d’aller s’entraîner au Wing chun chez maître Yip Man plutôt qu’écouter Rocco, alias Jean-Paul Belmondo, faire le malin au volant de son Berliet avec des mots du père Audiard.

Dès lors, bien que la saga publicitaire de l’égérie gonflée n’ait jamais fait relâche, aller se faire gonfler chez Michelin fera un gros bide à chaque énoncé. Un comble.

¹In 100 000 dollars au soleil, 1964. Réalisation Henri Verneuil, dialogues Michel Audiard.
²Notamment Kareem Abdul Jabbar, 2,18m et 102 kilos.
³Le film, rafistolé à la va-comme-j’te-pousse, sortit cinq ans après la mort du Petit Dragon. On peut y voir un acteur portant un masque en carton de Bruce Lee.

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